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mardi 6 décembre 2016

THE WORDS, de Brian Klugman et Lee Sternthal (2012)


THE WORDS est un film écrit et réalisé par Brian Klugman et Lee Sternthal.
La photographie est signée Antonio Calvache. La musique est composée par Marcelo Zarkis.

Dans les rôles principaux, on trouve : Dennis Quaid (Clay Hammond), Bradley Cooper (Rory Jansen), Jeremy Irons (le vieil homme), Zoe Saldana (Dora Jansen), Olivia Wilde (Daniella), J.K. Simmons (le père de Rory), Ben Barnes (le jeune homme), Nora Arnezeder (Célia).
 Clay Hammond
(Dennis Quaid)

Clayton Hammond donne une lecture publique d'extraits de son dernier roman, The Words. L'histoire a pour héros Rory Jansen, écrivain en herbe, vivant à New York de nos jours avec sa compagne Dora, aidé financièrement par son père en attendant d'être publié. 
Rory et Dora Jansen
(Bradley Cooper et Zoe Saldana)

Rory et Dora se marient et partent à Paris pour leur lune de miel où elle lui offre un vieux cartable trouvé chez un antiquaire. De retour à New York, il trouve dans la doublure du porte-document le manuscrit d'un roman, Window's Tears, dont la lecture le bouleverse et le hante. Il le recopie intégralement, sans en changer une virgule, sur son ordinateur. C'est ainsi que le découvre par hasard Dora qui, croyant que c'est l'oeuvre de son mari, le pousse à le proposer à l'éditeur pour qui il travaille. Le texte est accepté avec enthousiasme et devient un best-seller, propulsant Rory sur le devant de la scène littéraire.
Rory Jansen

Hammond fait une pause et rencontre ses auditeurs lorsqu'il est abordé par une charmante jeune femme, Daniella, qui désire faire sa connaissance et et découvrir ses secrets d'auteur. Il lui donne rendez-vous plus tard et va reprendre sa lecture.
Rory Jansen et le vieil homme
(Bradley Cooper et Jeremy Irons)

Rory rencontre un vieil homme qui lui révèle être l'auteur du manuscrit qu'il s'est approprié et lui raconte les circonstances dramatiques de sa rédaction. A la fin de seconde guerre mondiale, il était tombé amoureux d'une française, Célia, qui donna naissance à leur fille. 
Célia et le jeune homme
(Nora Arnezeder et Ben Barnes)

Gravement malade, celle-ci mourut précocement. La jeune mère partit se reposer chez ses parents à la campagne et, en son absence, le jeune homme produisit son texte en quinze jours.Il l'apporta à Célia puis repartit l'attendre à Paris. Quand elle le rejoignit, elle oublia le manuscrit dans son cartable dans le train. Le couple ne se remit pas de ce nouveau coup du sort. 
Clay Hammond et Daniella
(Dennis Quaid et Olivia Wilde)

Danielle suit Hammond chez lui et il lui révèle la fin de l'histoire : pris de remords, Rory avoue son imposture à son éditeur puis à Dora, et va retrouver le vieil homme pour tenter de le dédommager. Mais ce dernier refuse en expliquant avoir écrit pour apaiser ses douleurs : désormais Rory devra composer avec les siennes. Peu après le vieil homme décède et Rory jettera son manuscrit dans sa tombe. Daniella pense que Hammond a écrit The Words comme une confession (Rory serait son double de fiction), il lui demande si elle préfère la vérité ou la littérature puis, sans attendre de réponse, troublé, l'invite à partir. 
Rory présente ses excuses à Dora et lui assure qu'à présent tout ira bien.

Avec cette histoire à tiroirs, il est intéressant de noter que certains journaux allemands ont accusé les auteurs du film, Brian Klugman et Lee Sternthal, d'avoir plagier le roman Lila Lila de Martin Sutter, paru en 2004, dont l'intrigue traite d'un jeune romancier sans succès qui découvre un vieux manuscrit et devient riche et célèbre en s'en attribuant la paternité avant de rencontrer son véritable auteur puis de publier un nouvel ouvrage dévoilant son imposture.

Les deux cinéastes se sont défendus en affirmant avoir développé leur scénario dès 1999 lors d'un atelier d'écriture dans le cadre du festival de Sundance.

Quoi qu'il en soit, la critique n'a pas été tendre avec le film, lui reprochant de n'être ni aussi intelligent ni aussi captivant que ce qu'il promettait. C'est pourtant un thriller efficace à défaut d'être envoûtant, par la faute d'une mise en scène assez quelconque. Le rythme accuse un coup de mou dans la seconde partie et l'ensemble peine à susciter l'émotion.

Sur ce dernier point, la mise en scène des flash-backs, traités comme des chromos volontairement artificiels, est une mauvaise idée car cela introduit une distanciation avec la narration : avec une photographie soudain spécialement ouvragée, on sombre dans un mauvais roman à l'eau de rose virant au mélodrame maladroit - d'autant qu'on a du mal à être bouleversé par la tragédie qui frappe le couple du jeune homme et de Célia (difficile aussi d'adhérer à l'idée que le jeune homme est autant sinon plus chagriné par la perte de son manuscrit que par la mort de sa petite fille).

Le dénouement, énigmatique, peut également dérouter en refusant de tout expliquer clairement (quelle est la part de vérité dans ce que raconte Clay Hammond comme l'interroge Daniella - dont les motivations restent aussi nébuleuses). Mais cette option laisse au spectateur une liberté séduisante, assez audacieuse, pour interpréter tout ce qui a précédé (ainsi peut-on supposer que Rory est le double fictif de Hammond ou que Hammond est a écrit sur l'imposture de Rory pour venger le vieil homme dont il serait un proche).

Que Klugman et Sternthal aient du coup été accusés de plagiat joue en faveur de leur film en lui donnant la forme d'une mise en abyme savoureuse...

Mais bon, tout cela aurait mérité une meilleure réalisation et on peut rêver de ce qu'un metteur en scène chevronné, familier avec ces thèmes (comme Atom Egoyan ou David Fincher par exemple), aurait fait de cette histoire en lui conférant plus de style et de consistance.

L'interprétation réunit une troupe d'acteurs prestigieux mais aux prestations inégales, soit à cause de leur jeu, soit à cause de la définition plus ou moins prononcée de leurs rôles. A ce compte-là, Jeremy Irons cabotine affreusement en vieillard souffreteux au mobile fumeux, et le couple Nora Arnezeder-Ben Barnes est totalement transparent. En revanche, Bradley Cooper est très bon en opportuniste rongé par la culpabilité, Zoe Saldana est impeccable en épouse "trompée", Dennis Quaid parfait en conteur énigmatique, et Olivia Wilde troublante en souhait.

Un film divertissant donc mais inabouti. En un mot : frustrant.

vendredi 7 octobre 2016

APPALOOSA, de Ed Harris (2008)


APPALOOSA est un film réalisé par Ed Harris.
Le scénario est écrit par Ed Harris et Robert Knott, d'après le roman de Robert B. Parker. La photographie est signée Dean Semler. La musique est composée par Jeff Beal.

Dans les rôles principaux, on trouve : Ed Harris (Virgil Cole), Viggo Mortensen (Everett Hitch), Renée Zellweger (Allison French), Jeremy Irons (Randall Bragg), Ariadna Gil (Katie), Timothy Spall (Phil Olson), Lance Henriksen (Ring Shelton), Adam Nelson (Mackie Shelton).
Randall Bragg
(Jeremy Irons)

Appaloosa, Nouveau-Mexique. 1882. Randall Bragg, riche propriétaire terrien, refuse que le shérif arrête deux de ses hommes et l'abat, lui et ses adjoints.
Everett Hitch et Virgil Cole
(Viggo Mortensen et Ed Harris)

Le conseil municipal décide alors de recruter en qualité de marshalls deux "gâchettes", Virgil Cole et Everett Hitch, partenaires depuis douze ans. D'emblée les deux hommes établissent des règles strictes mais Bragg n'entend pas s'y conformer et loue même les services de deux mercenaires, bien connus de Cole, les frères Shelton. 
Allison French
(Renée Zellweger)

La situation se complique encore pour les deux marshalls avec l'arrivée en ville d'une séduisante jeune femme, Allison French, dont s'éprend Cole, mais qui courtise également Hitch - il repousse cependant ses avances, autant par loyauté envers son ami que par affection pour une prostituée, Katie. Un jeune employé de Bragg accepte de témoigner contre lui et Virgil et Everett vont l'arrêter. Ils le maintiennent en détention durant deux semaines en attendant la tenue de son procès et son transfert par le shérif du comté.
Virgil Cole, Everett Hitch et Randall Bragg

Reconnu coupable, Bragg est convoyé en train par Cole, Hitch, le shérif du comté et son adjoint, mais il est libéré grâce à l'intervention des frères Shelton qui ont pris Allison en otage. Humilié, Virgil remonte leur piste et découvre, avec Everett, où ils se sont cachés. Mais des indiens rôdent. Après avoir arrêté les fugitifs, et retrouvé Allison, qui avait sympathisé avec Ring Shelton entretemps, ils se réfugient dans le village de Rio Seco.
Profitant d'un duel opposant les Shelton à Cole et Hitch, Bragg réussit à fuir.
Virgil Cole, Allison French, Everett Hitch et Randall Bragg

Profitant de ses relations, Bragg obtient une grâce présidentielle. Virgil pardonne à Allison avec laquelle il veut s'installer à Appaloosa. Tout cela contrarie Everett qui remarque que la jeune femme n'oppose par de résistance à la cour que lui fait Bragg quand Cole a le dos tourné. 
Après avoir annoncé à son ami qu'il va chercher du travail ailleurs, Everett provoque Bragg en duel et l'abat, plus pour s'assurer que Allison ne trompera pas Virgil que pour rétablir la justice contre le notable impuni. 

Trois ans après leur face à face mémorable dans A History of Violence de David Cronenberg, Appaloosa célèbre en beauté les retrouvailles de Ed Harris et Viggo Mortensen dans un western certes classique mais néanmoins atypique et majestueux.

Egalement derrière la caméra, Harris s'inscrit dans la veine des lectures du genre opérées par Kevin Costner (Open Range, 2004), ou par James Mangold (3 h. 10 pour Yuma, 2007) : son intention est moins de réinventer la roue que de lui rendre un hommage personnel et respectueux, en y ajoutant un humour pince-sans-rire surprenant. La réalisation est très sobre, avec la photographie de Dean Semler qui sublime les décors naturels et la galerie de gueules réunies ici au milieu de laquelle se distingue la bouille ronde de Renée Zellweger, parfaitement dirigée dans un rôle plus complexe qu'il n'y paraît.

Ce qui pourrait figurer les limites du film fait son charme, un charme tenace et solide puisqu'il séduit toujours quand on le revoit. Ainsi, les héros sont définis simplement par leurs actions et leur combat a tout de celui de deux David contre un Goliath : notre sympathie leur est donc naturellement acquise d'autant que les notables d'Appaloosa après les avoir recrutés réintègrent dans leurs rangs Bragg une fois celui-ci gracié. Pareillement, leur appartenance à la longue tradition des justiciers sans attaches rend leurs relations avec la femme qui se glisse entre eux passionnante. 

Le personnage d'Allison French est développé avec le même soin que les deux marshalls et permet même à Harris d'interroger la solitude et l'intégrité de ses protagonistes : bien qu'elle aime visiblement sincèrement Cole, elle essaie de séduire Hitch, puis se baignera nue avec Ring Shelton et se laissera courtiser par Bragg. Virgil lui passe tout soit en décidant de ne faire comme s'il n'avait rien vu, soit parce qu'il ne veut pas perdre l'amitié d'Everett. Mais l'attitude de l'homme comme celui de son amante conserve leur part de mystère : le cinéaste semble préférer le spectateur déduire seul que les femmes dans l'Ouest sauvage ne sont pas tant dénuées de morale qu'en quête de protection. Ainsi la composition de Renée Zellweger, tout en retenue, échappe au cliché. 

Mais si l'ambiguïté de Miss French est acceptable, c'est aussi parce que Ed Harris montre l'opportunisme couard des notables d'Appaloosa, incapables de se défendre eux-mêmes et préférant payer des "gâchettes" pour les protéger avant d'accepter à nouveau dans leur cercle l'homme qu'ils savent être le meurtrier de leur ancien shérif. Cole et Hitch assistent à ces revirements avec fatalisme mais non sans sensibilité. 

La richesse psychologique du récit n'est jamais démonstrative donc et le rythme du film est presque nonchalant, à l'image des duels, rares et exécutés à l'ancienne (non comme un concours de rapidité entre les adversaires, mais comme un combat frontal et expéditif, le pistolet déjà en main). Ed Harris y ajoute un humour bienvenu et discret qui permet aussi d'affiner la caractérisation et d'éviter une trop grande gravité : ainsi, Virgil Cole, quoique plus âgé, est peu instruit, et interroge souvent Everett Hitch, qui, comme il l'explique en voix off, a fait ses classes à Westpoint, sur le sens d'un mot ou la qualification d'une action. Ces moments savoureux soulignent la tension permanente produite par la dangerosité et la précarité de la fonction des deux hommes confrontés à divers dangers (Bragg, ses hommes, les frères Shelton, les indiens...).

Pour la complicité évidente de ses deux vedettes (formidables l'un comme l'autre, vraiment faits pour évoluer dans un western), sa qualité formelle, sa solidité narrative agrémentée d'une dose de dérision précieuse, Appaloosa est un western qui a su renouer avec ce que le genre a de meilleur : être digne de ce qui l'a précédé sans être figé dans ses codes.