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samedi 26 novembre 2016

LES RUES DE FEU, de Walter Hill (1984)


LES RUES DE FEU (Streets of Fire) est un film réalisé par Walter Hill.
Le scénario est écrit par Walter Hill et Larry Gross. La photographie est signée Andrew Laszlo. La musique est composée par Ry Cooder.

Dans les rôles principaux, on trouve : Diane Lane (Ellen Aim), Michael Paré (Tom Cody), Willem Dafoe (Raven Shaddock), Amy Madigan (McCoy), Rick Moranis (Billy Fish), Richard Lawson (officier Ed Price).
Ellen Aim et The Attackers
(Diane Lane)

Dans "un autre temps, un autre lieu" indéterminés, la chanteuse Ellen Aim et son groupe de rock, The Attackers, donne un concert devant un public déchaîné. Soudain, le gang des Bombers mené par leur chef Raven Shaddock surgit et enlève la jeune femme.
Raven Shaddock
(Willem Dafoe)

Témoin de la scène, Reva Cody, barmaid du "Blackhawk", demande à son frère, Tom, un soldat récemment démobilisé et ancien amant d'Ellen, de sauver Ellen. Mais il rechigne à agir puisqu'elle l'a quitté pour vivre avec son manager, Billy Fish. Le jeune homme est alors interpellé par McCoy, une ancienne militaire comme lui, prête à l'aider dans cette mission. Ils partent à la rencontre de Billy Fish et l'embarquent pour gagner le repaire des Bombers. 
Tom Cody, Billy Fish et McCoy
(Michael Paré, Rick Moranis et Amy Madigan)

En route, le trio se procure des armes. Attendant que la nuit tombe pour agir, McCoy pénètre dans le club "Torchie" pour localiser où Raven retient Ellen tandis que Tom grimpe sur le toit de l'immeuble voisin pour avoir une vue d'ensemble sur la zone. Il aperçoit alors Ellen, les poignets attachés aux barreaux d'un lit, et elle le remarque aussi à travers la fenêtre de sa chambre. Pendant ce temps, Billy attend dans sa voiture au coin de la rue, prêt à démarrer dès que l'équipe reparaîtra.
McCoy
(Amy Madigan)

Pour faire diversion, Tom tire sur des réservoirs de gaz et sur les motos du gang. A l'intérieur du club, ces explosions sèment la panique et McCoy profite du chaos pour couvrir Tom qui est allé libérer Ellen. Raven promet aux intrus qu'il les retrouvera et qu'il se vengera. Rejoignant Billy, Tom, Ellen et McCoy prennent la fuite.
Ellen Aim (au centre) et Billy Fish (à sa gauche)
(Diane Lane et Rick Moranis)

Ils abandonnent la voiture pour prendre le métro : durant le trajet, Ellen apprend que Tom a accepté de la secourir pour de l'argent et non par amour. Une fois à son hôtel, Billy paie Tom mais celui-ci ne prend que la part promise à McCoy et jette le reste des billets à la figure du manager avec mépris. Ellen le rattrape dans la rue et l'embrasse sous la pluie battante.
Ellen Aim et Tom Cody
(Diane Lane et Michael Paré)

Cependant, Raven informe le chef du département de police, Ed Price, qu'il souhaite rencontrer Tom pour l'affronter en duel -  s'il gagne, il récupérera Ellen, sinon le chef de gang s'engage à quitter le quartier. Price recommande à Tom, en lui transmettant le message, de quitter la ville. Le jeune homme monte dans un train avec Ellen avant de l'assommer et de la confier à McCoy. Il rejoint la rue où Raven l'attend et l'affronte devant ses hommes et les habitants du quartier venus en renfort de l'officier Price. Mais Cody réussit à vaincre son adversaire, qui, comme convenu, se retire avec son gang.
Tom Cody
(Michael Paré)

Plus tard, Ellen se prépare à remonter sur scène. Tom lui fait ses adieux tout en lui promettant de toujours être là si elle a besoin de lui. Elle rejoint son groupe et commence son concert tandis que Cody s'éloigne, accompagné par McCoy.
Ellen Aim et les Sorels

L'idée originale de Streets of Fire vient à Walter Hill pendant le tournage de 48 heures (1982) : c'est la chanson du même titre (issu du LP Darkness on the edge on town) de Bruce Springsteen (à qui il voudra ensuite la composition de la bande-son, mais le "boss" sera alors accaparé par le succès de son album Born in the USA) qui l'a inspiré. Pour le cinéaste, il s'agit de réaliser le film de ses rêves, un hommage aux séries noirs et aux comics de sa jeunesse.

Hill rédige avec son co-scénariste Larry Gross un traitement de dix pages qu'il soumet aux producteurs Lawrence Gordon et Joel Silver qui convainquent Universal de financer cette "fable rock'n'roll". Pour pouvoir tourner les nombreuses scènes nocturnes de cette histoire même en pleine journée, il est convenu de tout filmer en studio et d'immenses plateaux sont mis à dispositions de Hill et son équipe technique.

Le casting débute : le script est proposé à Paul McCartney pour le rôle du chanteur kidnappé par le gang des Bombers, mais l'ex-Beatles décline l'offre pour d'autres projets. Joel Silver a repéré la toute jeune (18 ans) Diane Lane dans Rusty James (Francis Ford Coppola, 1983) et persuade Hill de lui faire passer un essai. Elle s'y rend vêtue comme une rockeuse, pantalons en cuir, top en résilles, bottes de motarde, et impressionne le réalisateur qui accepte de réécrire le personnage pour le féminiser. Même si elle sera doublée vocalement (par un mixage des voix de Laurie Sargent et Holly Sherwood) pour les scènes de concert, elle est effectivement épatante, évidemment très belle mais aussi pleine d'énergie.

Amy Madigan obtient aussi que Hill revoie sa copie pour jouer le rôle de McCoy prévu initialement pour un homme - le résultat donne une composition mémorable mais très crédible où la comédienne est impeccable en "tomboy" dur-à-cuire et fort en gueule.

Malgré les efforts de ses producteurs et son insistance, Hill n'arrivera cependant pas à recruter Tom Cruise (lui aussi révélé un an auparavant, dans Outsiders, de Coppola) pour camper Tom Cody, mais il impose un autre débutant avec Michael Paré, vu dans Philadelphia Experiment. Il est un parfait mélange de séduction et de rudesse. Cody aurait dû d'ailleurs être le héros d'une trilogie mais l'échec commercial des Rues de feu condamnera cette ambition.

Car cet opus ne fonctionnera pas auprès du public ni de la critique, déroutés par cet ensemble de polar et de bande dessinée. Le tournage sera d'ailleurs houleux : comme son personnage du manager Billy Fish, Rick Moranis, dans un contre-emploi pour lui qui vient de la comédie, se montre odieux avec Hill et Paré. Ce dernier n'est pas non plus ménagé par son metteur en scène qui multiplie les prises pour le pousser à nuancer son jeu (de fait, il est assez inexpressif, ce qui l'empêchera sûrement ensuite d'accéder à des rôles plus importants et au statut de star). Ces tensions démoralisent le reste du casting et de l'équipe technique, mais servent finalement le film.

Malgré des codes esthétiques empruntés au polar et à la BD (jusque dans les transitions à la manière de balayages donnant l'impression de pages qu'on tourne - l'illusion est poussée jusque dans le son !), la construction du film se réfère en vérité franchement au western : pour s'en convaincre, il suffit d'imaginer des indiens ou des bandits à la place du gang des Bombers (mené par Willem Dafoe, recommandé par Kathryn Bigelow, et qui donne à son personnage un charisme démoniaque fabuleux), de remplacer les voitures et motos par des chevaux, et on se croirait au far-west. Tom Cody est lui-même un ancien soldat, revenu d'une guerre jamais nommé (on peut aussi bien penser au Vietnam qu'à la guerre de sécession qui se poursuivrait dans les rues de la ville), et manie une carabine Winchester, tandis qu'Ellen Aim évoque une chanteuse de saloon capturée puis délivrée par le héros avec son sidekick.

Plus ambigu est le rôle de McCoy dans la mesure où il est incarné par une femme, ce qui trouble sa relation avec Cody : l'aide-t-elle par amitié ? Par amour ? Par attirance pour Ellen ? Ou par goût de la guerre ? Mais cela contribue aussi à l'originalité du projet.

Les Rues de feu renvoie d'ailleurs aussi à la guérilla urbaine, vue et racontée avec des emprunts aux années 30 (le look de hobo de Cody), 50 (les bikers de Raven Shaddock et les habitants de quartier de Richmond) et 80 (avec les néons fluo). Mais ce cocktail, loin d'être indigeste, est ce qui confère toute sa singularité et sa modernité au film, emballé sur un rythme soutenu, des acteurs énergiques, une histoire divertissante, sentimentale et efficace.

vendredi 4 novembre 2016

LE BAGARREUR, de Walter Hill (1975)


LE BAGARREUR (Hard Times) est un film réalisé par Walter Hill.
Le scénario est écrit par Walter Hill, Bryan Gindoff, Bruce Heustell, d'après l'idée de Lawrence Gordon. La photographie est signée Philip Lathrop. La musique est composée par Brian De Vorzon.


Dans les rôles principaux, on trouve : Charles Bronson (Chaney), James Coburn (Speed), Jill Ireland (Lucy Simpson), Strother Martin (Poe), Maggie Blye (Gayleen Schoonover), Michael McGuire (Gandil).
 Chaney
(Charles Bronson)

Années 1930, Etats-Unis. Chaney, la cinquantaine, vagabond, rencontre Speed, le manager d'un champion de boxe clandestin qui vient de perdre son dernier combat. Il le convainc de miser sur lui et expédie son premier adversaire au tapis. Les deux hommes s'associent. 
Speed
(James Coburn)

Direction : la Nouvelle-Orléans. Speed y retrouve sa compagne, Gayleen Schoonover, et présente à Chaney Poe, un médecin opiomane, qui le soignera après les combats. Le boxeur rencontre dans un bar une jeune femme, Lucy Simpson, qu'il raccompagne chez elle. Mais il ne s'impose pas pour finir la nuit avec elle et promet qu'ils se reverront.   
Chaney

Speed entraîne Chaney chez un fermier avec lequel il a arrangé un combat. Mais, après la victoire de Chaney, leur adversaire refuse de les payer, lui et Speed. Chaney récupérera quand même son dû en rudoyant le fermier et ses acolytes qui fêtaient leur entourloupe dans un bistrot plus tard dans la soirée. 
Chaney et Lucy
(Charles Bronson et Jill Ireland)

De retour en ville, Speed approche le riche manager Gandil pour défier son champion mais il doit pour cela réunir 3 000 $. Empruntant à divers créanciers, il collecte la somme tandis que Chaney, ignorant ces combines, revoit Lucy avec lequel il entame une liaison et avoue comment il gagne sa vie.
Speed et Chaney

Chaney affronte et bat le champion de Gandil. Plutôt que de rembourser ses banquiers, Speed dilapide sa part dans des maisons de jeux et de passe. Gandil invite le manager et le boxeur pour racheter la moitié du contrat qui lie les deux hommes, mais Chaney refuse. Lorsque Speed, rattrapé par ses créanciers, insiste auprès de son partenaire pour qu'il reconsidère sa décision, celui-ci choisit de rompre leur association. 
Le dernier combat de Chaney

Chaney apprend ensuite que Lucy fréquente un autre homme, riche, avec qui elle va s'installer. Speed est pris en otage par Gandil pour que Chaney soit obligé de combattre son nouveau champion. Poe convainc le boxeur de disputer ce dernier combat. Réussira-t-il à vaincre pour la première fois un challenger qu'il n'a pu observer auparavant ?

Rédacteur de scripts pour divers réalisateurs, Walter Hill souhaite passer à son tour derrière la caméra et voit son rêve exaucé par le producteur Lawrence Gordon qui lui donne l'idée de The Streetfighter. Le scénariste estime le potentiel du sujet mais souhaite le remanier en resituant l'action durant la Grande Dépression et en le tournant en noir et blanc.

Si l'histoire est effectivement retouchée avec la collaboration de Bryan Gindoff et Bruce Heustell, Hill se résigne à l'adapter en couleurs. Il renonce également à son idée de casting initiale, souhaitant confier le rôle de Chaney au jeune Jan-Michael Paré et celui de Speed à Warren Oates : il ne le regrettera pas longtemps même s'il appréhendait alors de diriger Charles Bronson, devenu une vedette depuis la fin des années 60 et réputé pour être un "director's killer", réclamant qui plus est un cachet d'un million de dollars (une fortune pour l'époque et pour une petite production).

La présence en tête d'affiche de cet ex-bûcheron, qui mène de front une carrière en Europe et aux Etats-Unis, et alors âgé de 54 ans, va effectivement apporter une autre dimension au récit et au personnage : comme dans Il était une fois dans l'Ouest (Sergio Leone, 1968), il campe un homme surgi de nulle part, apparaissant pour sa première scène en train de descendre d'un train. On devine, sans qu'on soit davantage informé par la suite, qu'il a traversé une existence dure (Hard Times, comme l'indiquait le titre original) et qu'il en a tiré une certaine sagesse (comme il l'explique d'emblée à Speed, il ne compte pas combattre longtemps, juste assez pour gagner assez d'argent, conclure une "période creuse"). Comme tous les héros de Hill, c'est un bloc, énigmatique, impénétrable, qui n'hésite pas à couper les ponts dès qu'il sent une résistance ou une menace : in fine il demandera juste au médecin Poe (joué par Strother Martin avec gouaille) de s'occuper du chat qu'il a recueilli dans sa chambre d'hôtel et à Speed de veiller sur Poe (qui est opiomane), mais renoncera à sa romance avec Lucy (incarnée par la compagne de Bronson, la délicate Jill Ireland) quand elle refusera d'être entretenue par lui (préférant la sécurité d'un mari plus fortuné).

Malgré l'appréhension de Hill, Bronson s'entendra bien avec lui, respectant le fait qu'il ait aussi écrit le film, quand bien même il n'appréciera pas, en découvrant le film, que plusieurs scènes avec Jill Ireland aient été coupées au montage. Le cinéaste sera également impressionné par la condition physique de l'acteur et il est effectivement impressionnant dans la peau de ce boxeur inspiré de Jack Dempsey (quand bien même il n'aurait pas été en mesure de tenir trop longtemps durant les scènes de combat car il fumait trop - mais Hill ajoutera que Bronson "restait capable d'envoyer n'importe quel membre de l'équipe au tapis si on l'avait provoqué" !).

Ce ne sera pas la même chanson avec James Coburn: bien que le comédien y livre une formidable composition de flambeur fort en gueule et filou, sa carrière déclinait à l'époque et il en souffrait, jalousant le salaire et la popularité de son partenaire.

A la fois portrait mélancolique d'un bagarreur vieillissant et réflexion simple et directe sur la violence qu'engendre toujours une époque de crise sociale et économique, le film tire sa force de sa concision (90 minutes) et de son absence de sensiblerie. Comme le dit Speed, en regardant son champion disparaître dans la nuit à la fin : "c'était quelqu'un, ce bonhomme-là !"

jeudi 3 novembre 2016

THE DRIVER, de Walter Hill (1978)


THE DRIVER est un film écrit et réalisé par Walter Hill.
La photographie est signée Philip Lathrop. La musique est composée par Michael Small.


Dans les rôles principaux, on trouve : Ryan O'Neal (le Driver), Bruce Dern (le Détective), Isabelle Adjani (le Joueuse), Ronee Blakely (l'Agent), Joseph Walsh (Lunettes), Denny Macko (l'Echangeur).
Le Driver
(Ryan O'Neal)

Le Driver permet à deux braqueurs, qui ont attaqué un cercle de jeux, d'échapper à la police après une longue course-poursuite dans les rues de Los Angeles la nuit. Le Détective chargé de l'affaire procède aux arrestations de suspects habituels, parmi lesquels se trouve le Driver. Mais le seul témoin susceptible de l'accabler, la Joueuse, affirme qu'il n'est pas le chauffeur complice des voleurs.
La Joueuse et le Détective
(Isabelle Adjani et Bruce Dern)

Le Driver retrouve la Joueuse qui lui explique avoir refusé de le dénoncer parce qu'elle a besoin d'argent, ce qu'il peut lui procurer grâce à la part qu'il a reçu lors du hold-up. Le Détective se présente ensuite chez la Joueuse et la met en garde car il a deviné qu'elle a protégé le Driver et pourrait être à terme arrêtée comme sa complice. 
Le Driver et le Détective
(Ryan O'Neal et Bruce Dern)

Résolu à appréhender le Driver, le Détective est prêt à tout, y compris à enrôler un braqueur pour qu'il commette un braquage et qu'il recrute un chauffeur pour cela. L'Agent entre en contact avec le Driver pour le mettre en relation avec le braqueur, Lunettes : il réclame 10 000 $ plus 30% du butin (le double de ce qu'il demande habituellement, parce qu'il n'aime pas un des partenaires du malfrat, dont il obtient qu'il soit écarté de l'affaire). 
 Le Driver et son Agent
(Ryan O'Neal et Ronee Blakely)

Le hold-up dégénère car Lunettes tue son autre acolyte puis tente d'éliminer le Driver dans un hangar, une fois tous les deux à l'abri. Mais le Driver abat Lunettes, récupère le butin et va le cacher dans une consigne à la gare. Puis il loue une chambre d'hôtel pour être sûr de ne pas être retrouvé - sauf de son Agent qui promet de trouver un intermédiaire pour blanchir l'argent du hold-up. En rentrant chez elle, elle est attendue par le partenaire de Lunettes à qui elle avoue où le Driver a planqué l'argent avant d'être tuée.
La Joueuse et le Driver
(Isabelle Adjani et Ryan O'Neal)

Le Driver charge la Joueuse de rencontrer à la gare l'Echangeur qui blanchira l'argent. Le Détective est également là qui arrête l'homme et récupère le butin cependant que le partenaire de Lunettes vole le sac de la Joueuse dans lequel se trouve la clé de la consigne où l'argent blanchi a été déposé. Elle le signale au Driver qui le prend en chasse.
Après avoir rattrapé et tué le partenaire de Lunettes, le Driver retourne à la gare mais trouve dans la consigne une mallette vide - l'Echangeur n'a jamais blanchi l'argent. Le Détective le constate aussi et est obligé de laisser filer le Driver, qui rejoint la Joueuse.

Scénariste à la réputation bien établie, Walter Hill est passé une première fois derrière la caméra en 1975 pour tourner Le Bagarreur avec Charles Bronson dans le rôle-titre. Malgré ce succès critique et public, il devra attendre trois ans pour réaliser son nouvel opus. Entretemps, il continue d'écrire pour d'autres (on lui doit notamment Guet-Apens de Sam Peckinpah, 1972) et il tente sa chance à la télé pour une série qui connaîtra un échec cuisant mais lui permettra de rencontrer le producteur Lawrence Gordon.

Grâce à ce dernier, en 78, il trouve le financement pour The Driver, qu'il destinait initialement à son idole, Raoul Walsh, et dont le premier rôle était prévu pour Steve McQueen. Mais l'un et l'autre déclineront. Voilà à quoi peut tenir le sort d'un film-culte.


Avec The Driver, Hill, partisan d'un cinéma direct, vise l’épure : on peut résumer son projet en quelques mots-clés - le voyou, le flic, la fille, la voiture, la ville - tant tout ici est programmatique, ascétique, impénétrable. Le film se pose comme une énigme à laquelle le cinéaste ne donne pas de réponse toute faite, laissant le spectateur y projeter ses fantasmes. On pense évidemment au Samouraï de Jean-Pierre Melville, mais à la différence du tragique tueur à gages incarné par Alain Delon en 1967 qui, lorsque son organisation se déréglait, courait volontairement à sa perte, le Driver campé par Ryan O'Neal devient de plus en plus fort dans la difficulté. 

Les péripéties qu'il affronte - la menace de la Joueuse qui peut le dénoncer, la traque du Détective, la vengeance d'un malfrat humilié - ne sont là que pour ponctuer ce voyage au bout de la nuit. Qu'est-ce qui motive cet homme (dont on ignore l'identité, comme celles de tous les autres personnages désignés par leur fonction) ? Tout juste peut-on supposer qu'il s'agit pour lui de relever le défi que lui adresse justement ce policier obsédé par lui, mais rien n'est établi clairement. 

En fait, Hill mixe les éléments archétypaux du polar à ceux encore plus archaïques, basiques, du western - le Détective n'est-il pas davantage un shérif, qui se fiche de la Loi (au point d'engager dans son entreprise un braqueur), et qui d'ailleurs appelle le Driver "le cowboy". La ville elle-même, bien que le film ait été tourné à Los Angeles, est représentée dépouillée de tout ce qui pourrait faciliter son identité, c'est une enfilade de rues, d'entrepôts, comme autant de plaines, canyons, et d'hôtels dont la nuit brouille encore plus l'aspect. 

Le réalisateur semble avoir voulu à ce point désosser son récit qu'il soit compréhensible sans dialogue et sans son, même si la bande-son y est utilisée de manière intense : la musique, minimaliste, de Michael Small se mêle aux vrombissements des moteurs, aux crissements de freins, aux sirènes de police, aux détonations des armes. L'effet est saisissant et payant.

Pour le casting, Hill a donc dû composer avec le refus de McQueen, mais cela a également profité au film : la star, habitué à ce genre de rôle de dur taiseux, aurait été trop convenu. En dirigeant Ryan O'Neal (passé entretemps de Bogdanovich - On s'fait la valise, docteur ? en 72 et La Barbe à Papa en 73 - à Kubrick - Barry Lyndon, en 75), le réalisateur a gagné un interprète dont l'air enfantin, la mine tour à tour déterminé et absent, ajoute au mystère de ce Driver. Face à lui, Bruce Dern, dont l'image était plus lié à des personnages de méchants, compose un Détective hargneux, plus expressif, et ce contraste valorise justement le jeu intériorisé de O'Neal. Entre eux deux, Isabelle Adjani, qui avait exprimé son intérêt pour le projet parce qu'elle avait aimé Le Bagarreur, apporte un charme éthéré à la Joueuse (qui semble presque annoncer son rôle dans le fabuleux Mortelle Randonnée de Claude Miller en 1983).  

Le film est encadré par deux courses-poursuites d'anthologie, réglées par le cascadeur déjà à l'oeuvre sur Bullitt (sur lequel Hill fut assistant réalisateur) : dans la première, le Driver est pris en chasse par plusieurs voitures de police et pendant plus de dix minutes l'issue est incertaine ; dans la seconde en revanche il traque un malfrat qui l'a doublé et il ne fait aucun doute qu'il va le rattraper et l'achever dans une sorte d'étrange duel automobile où le carambolage remplace l'échange de tirs (même s'il y a une fusillade). La proie est devenue un chasseur, le fugitif un pisteur : il ne s'agit plus d'un contrat mais d'une mission, d'une vengeance - finalement dérisoire compte tenu de la révélation suivante dans la gare. Il n'y a pas de vainqueur dans cette histoire - ce qui suggère que l'affrontement entre le Détective (même déchu) et le Driver va continuer.

Si on mesure l'impact d'un film à l'écho qu'il rencontre à sa sortie dans la critique et le public, cette estimation se poursuit en comptant les oeuvres qu'il inspire et, de ce point de vue, l'opus de Walter Hill a eu une remarquable descendance puisque Nicolas Winding Refn en tournera un quasi-remake avec le presque homonyme et non moins fascinant Drive (2011).