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dimanche 28 août 2016

CAPTAIN AMERICA 3 : CIVIL WAR, de Anthony et Joe Russo (2016)

 Ci-dessus : l'affiche du film.
 Ci-dessus : le poster peint par Paolo Rivera
(dommage que le studio ne l'ait pas retenu comme affiche...)

CAPTAIN AMERICA : CIVIL WAR est un film réalisé par Anthony et Joe Russo, sorti en salles le 27 Avril 2016. Il s'agit du treizième film produit par les Studios Marvel et du premier film de la Phase 3 du Marvel Cinematic Universe.
Le scénario est écrit par Christopher Markus et Stephen McFeely, d'après la mini-série événement écrite par Mark Millar, inspirés par les personnages créés par Stan Lee et Jack Kirby. La photographie est signée Trent Opaloch. La musique est composée par Henry Jackman.

Dans les rôles principaux, on trouve : Chris Evans (Steve Rogers / Captain America), Robert Downey Jr (Tony Stark / Iron Man), Sebastian Stan (Bucky Barnes / Winter Soldier), Scarlett Johansson (Natasha Romanoff / Black Widow), Anthony Mackie (Sam Wilson / Falcon), Elizabeth Olsen (Wanda Maximoff / Scarlet Witch), Don Cheadle (James Rhodes /War Machine), Paul Bettany (Vision), Jeremy Renner (Clint Barton / Hawkeye), Paul Rudd (Scott Lang / Ant-Man), Tom Holland (Peter Parker / Spider-Man), Chadwick Boseman (T'Challa / Black Panther), Emily VanCamp (Sharon Carter), William Hurt (Général Ross), Martin Freeman (Everett Ross), Daniel Brühl (Helmut Zemo), Marisa Tomei (May Parker).

1991. Bucky Barnes alias Winter Soldier est encore sous l'emprise des russes qui le réactive et le conditionne pour une mission. Il se lance à la poursuite d'une voiture sur laquelle il tire avant de descendre de sa moto pour achever les passagers.

De nos jours, à Lagos (Nigéria), Captain America dirige un groupe d'Avengers (Falcon, Scarlet Witch, Black Widow) pour arrêter Crossbones et son commando, sur le point de voler une arme chimique dans un laboratoire. L'opération dégénère quand Scarlet Witch, en voulant éloigner le malfrat qui veut se faire exploser, provoque la destruction d'un étage d'un immeuble, causant plusieurs morts de civils à l'intérieur. Parmi les victimes se trouvent des ressortissants du Wakanda voisin.
Le Général Ross
(William Hurt)

De retour aux Etats-Unis, les Avengers actifs (donc avec Tony Stark/Iron Man, James Rhodes/War Machine et Vision) au complet écoutent le Général Ross, missionné par les Nations Unies, leur expliquer que leurs dernières interventions ont décidé les autorités à légiférer. En effet, les super-héros agissent en territoire étranger sans permission mais surtout infligent des dégâts matériels considérables et des morts parmi les populations - images à l'appui, ils revoient New York attaqué par Loki et les Chitauris (voir Avengers), la chute de l'héliporteur du SHIELD (voir Captain America : Winter Soldier) et les ravages subis par la Sokovie contre Ultron (voir Avengers : L'ère d'Ultron). 
De gauche à droite : Tony Stark/Iron Man, James Rhodes/War Machine,
Natasha Romanoff/Black Widow, Steve Rogers/Captain America, 
Sam Wilson/Falcon, Vision et Wanda Maximoff/Scarlet Witch
(Robert Downey Jr, Don Cheadle, Scarlett Johansson,
Chris Evans, Anthony Mackie, Paul Bettany et Elizabeth Olsen). 

L'ONU soumet donc un cahier des charges aux Avengers, encadrant leurs actions : ils ne pourront plus intervenir que sur ordre et en étant évalués en fonction de la dangerosité de leurs pouvoirs. Le débat fait rage au sein de l'équipe après le départ de Ross : certains (Iron Man, War Machine, Vision, Black Widow) acceptent ces conditions pour pouvoir continuer à protéger le monde, d'autres (Falcon, Captain America, Scarlet Witch) refusent de dépendre des intérêts politiques. Ceux qui ne voudront pas obéir aux Nations Unies savent néanmoins qu'ils seront soit hors-la-loi, soit forcés de se retirer.
Captain America et Iron Man
(Chris Evans et Robert Downey Jr)

A Vienne, les chefs d'Etat ou leurs représentants sont réunis pour voter la loi encadrant les super-héros. Parmi eux, Black Widow fait la connaissance du roi du Wakanda, T'Chaka, et son fils, T'Challa. Celui-ci remarque des mouvements suspects dans la rue et, peu après, une camionnette explose, soufflant le bâtiment et tuant plusieurs personnes - dont T'Chaka.
Rapidement, l'enregistrement d'une caméra de vidéo-surveillance de la rue où a eu lieu l'attentat circule et permet d'identifier le terroriste : il s'agit de Bucky Barnes alias Winter Soldier ! T'Challa jure de le tuer, même si Black Widow tente de le raisonner tout comme elle essaie de dissuader Captain America de vouloir appréhender son ami avant les force spéciales lancées à ses trousses. 
Mais Steve Rogers bénéficie d'informations, transmises par l'agent Sharon Carter, et localise Bucky dans une de ses planques à Bucarest.
Black Panther
(Chadwick Boseman)

A Bucarest, avec Falcon, Captain America essaie de stopper Bucky tout en affrontant Black Panther. Mais finalement tous se font arrêter par les forces spéciales. Black Panther se démasque alors et se révèle être le prince T'Challa.
Bucky est incarcéré et mis à la disposition d'un psychologue, le Dr Broussard, qui l'interroge : ce dernier est en réalité Helmut Zemo, ressortissant de la Sokovie, en possession d'un carnet contenant des codes stimulant le conditionnement mental du Winter Soldier. Celui-ci réussit à se libérer et prend la fuite. Il affronte et écarte ceux (Tony Stark, Sharon Carter, Natasha Romanoff et T'Challa) qui s'interposent jusqu'à atteindre un hélicoptère. Mais Steve Rogers provoque le crash de l'appareil et en profite pour exfiltrer Bucky, k.o..

L'évasion du Winter Soldier et la disparition de Captain America et Falcon tend encore plus les relations entre le Général Ross et Tony Stark : le premier veut lancer ses troupes aux trousses des fugitifs avec la permission de les tuer, le second obtient un délai de 36 heures pour raisonner Rogers, Barnes et Wilson.
Iron Man et Black Widow convoquent des renforts en appelant Vision, en recrutant Spider-Man et  en invitant Black Panther.
De son côté, Captain America obtient de Hawkeye qu'il sorte de sa retraite, que Scarlet Witch quitte Vision et que Ant-Man les rejoigne. Ils gagnent un aérodrome pour partir en Russie où Bucky pense que Helmut Zemo va aller pour réanimer d'autres super-soldats formés comme lui au sein de la "Red Room". 
L'équipe de Captain America avec, de gauche à droite :
Falcon, Ant-Man, Hawkeye, Scarlet Witch, Captain America, Winter Soldier
(Anthony Mackie, Paul Rudd, Jeremy Renner, Elizabeth Olsen
Chris Evans, Sebastian Stan).

Mais, à l'aéroport, les Avengers dissidents sont attendus par ceux rassemblés par Iron Man. 
L'équipe d'Iron Man avec, de gauche à droite :
Black Panther, Vision, Iron Man, Black Widow, War Machine
(Chadwick Boseman, Paul Bettany, Robert Downey Jr
Scarlett Johansson, Don Cheadle).

Stark surprend Rogers lorsque Spider-Man intervient en lui subtilisant son bouclier. Ce geste déclenche les hostilités. 
Spider-Man
(Tom Holland)

Un affrontement spectaculaire s'ensuit entre les deux formations et personne ne retient ses coups.

In fine, pourtant, Bucky et Captain America réussissent à monter dans le quinjet des Avengers et à quitter le champ de bataille grâce à Black Widow qui empêche Black Panther de tuer le Winter Soldier.
Iron Man et War Machine les prennent en chassent mais Vision, en voulant neutraliser Falcon dans le sillage du quinjet, blesse gravement James Rhodes. Stark laisse filer Captain America et Bucky pour sauver son ami, mais sans compter en rester là.
Iron Man et War Machine

Tandis que Rogers et Barnes retrouvent la base de la "Red Room", Stark se rend dans la prison pour super-humains du RAFT, où l'accueille le Général Ross. Ici ont été placés en détention Hawkeye, Scarlet Witch, Ant-Man et Falcon. A ce dernier, en brouillant les micros du complexe pénitentiaire, Stark demande de lui communiquer la destination de Captain America et Bucky, qu promet d'aider sans violence ni prévenir les forces spéciales car il a compris que Helmut Zemo les avait tous mystifiés en usurpant l'indentité du Dr Broussard et en manipulant l'image et la personnalité du Winter Soldier.
Iron Man s'envole pour la Russi après avoir juré à Ross que Sam Wilson ne lui avait rien avoué. Mais il ne s'est pas rendu compte que Black Panther l'a pris en filature.
Captain America et Bucky

En Russie, dans la base abandonnée, Captain America, Bucky et Iron Man retrouvent les super-soldats tués par Zemo. Celui-ci a gardé sa dernière manoeuvre pour la fin : il dévoile l'identité des deux personnes tuées par le Winter Soldier en 1991, une révélation bouleversante pour Iron Man.
Le malfrat prend la fuite en laissant ses trois adversaires s'entretuer. Sur le point de se suicider maintenant qu'il a vengé sa famille, il est stoppé par Black Panther. 
Mais Zemo a réussi à briser les Avengers de l'intérieur : Captain America, laissant son bouclier à Iron Man, et Bucky s'échappent. Black Widow prend le maquis. Rhodes suit une rééducation. Les Avengers détenus au RAFT s'évadent avec l'aide de Rogers. Stark reçoit une lettre de ce dernier, lui assurant qu'il répondra toujours présent si le monde est en danger.

Deux scènes supplémentaires sont présentes durant le générique de fin :

- Bucky accepte d'être à nouveau endormi pour ne plus être manipulé mentalement. Steve Rogers a confié cette opération à T'Challa, revenu au Wakanda.

- Peter Parker, rentré à New York, auprès de sa tante May, découvre que Tony Stark a intégré à ses lance-toile un signal lumineux à l'effigie de Spider-Man et de quoi lui permettre de joindre (et d'être joint par) les Avengers. ("Spider-Man reviendra", peut-on ensuite lire.)

On pourrait facilement écrire une très longue critique après ces 2h 30 de grand spectacle au scénario exemplaire, qui font de Captain America 3 une des productions les plus abouties des studios Marvel. Revenir en détail sur les principaux "morceaux de bravoure" du film suffirait à produire un article fourni en compliments concernant l'écriture, la réalisation, l'interprétation : oui, tout cela prouve que Anthony et Joe Russo, qui avait déjà marqué les esprits avec le précédent opus consacré au Vengeur étoilé, ont brillamment pris la place laissée vacante sur le haut du podium par Joss Whedon (malgré l'inégal Avengers : L'ére d'Ultron) dans le "Marvel Cinematic Universe". Kevin Feige, le big boss des films de la firme, ne s'y est pas trompé en leur confiant les prochains longs métrages Avengers (qui formeront un diptyque).

Pourtant, la réussite de ce premier film ouvrant la 3ème Phase du "MCU" tient d'abord à sa simple maîtrise et son sens de la synthèse. Civil War s'inspire de la célèbre saga en sept épisodes écrite par Mark Millar  en 2006-2007, mais a été adapté intelligemment par le duo Christopher Markus-Stephen McFeely, déjà aux commandes du script de Winter Soldier (le précédent Captain America) : ils ont su en tirer la substantifique moelle en exploitant aussi les événements survenus dans Avengers 1-2.

L'argument de départ est une habile conjugaison des dommages collatéraux causés antérieurement par les super-héros, non seulement sur un plan matériel mais aussi humain, et de l'issue de la mission qui ouvre l'histoire actuelle. C'est aussi efficace même si complètement différent de ce qui se passait dans la mini-série en comics il y a neuf ans. Dans les deux cas, la situation des Avengers est sérieusement et légitimement remise en question et la crise qui en découle est logique, admirablement exposée et développée. On retrouve les deux camps fédérés par Iron Man et Captain America, avec certes deux formations bien moins nombreuses que dans la saga de Mark Millar mais aussi spectaculairement et profondément agitées.

Entretemps, les studios Marvel ont commencé à initier les carrières d'autres personnages, dont il n'est pas impensable d'imaginer qu'à terme ils remplaceront les vedettes déjà au centre des films produits (soient Iron Man, Thor, Captain America). Avant de découvrir cet automne la première aventure de Dr Strange et ensuite de Black Panther, voire Black Widow et Captain Marvel, ou de retrouver Thor et les Gardiens de la Galaxie, on a fait ainsi connaissance l'an dernier avec Ant-Man et Spider-Man aura droit à un nouveau reboot (grâce à un accord enfin conclu entre Marvel et Sony, qui en détenait les droits cinématographiques exclusifs).

Civil War introduit donc Black Panther mais aussi la nouvelle version de Spider-Man. Le premier s'intègre très bien dans l'intrigue, même si ses origines seront sans doute plus complètement développées dans son propre film : avec le prince héritier du Wakanda, les scénaristes évoquent directement la provenance du métal dont est fait le bouclier de Captain America (et que Howard Stark, le père de Tony, a forgé), agrandissent la cartographie du monde selon Marvel, et offrent même un substitut très efficace à Wolverine (qui, comme tous les mutants de l'éditeur, appartient pour le cinéma à la compagnie Fox). Porté par l'interprétation charismatique et subtile de Chadwick Boseman, la Panthère Noire a fière allure.

Pour ce qui est de Spider-Man, la greffe est plus délicate : les studios Marvel ont voulu à l'évidence fêter au plus vite le retour au bercail d'un de leurs héros les plus emblématiques, mais il entre dans l'histoire avec moins de fluidité. Là, l'origine de ses pouvoirs et de la vocation secrète de justicier de Peter Parker, qui est désormais un adolescent beaucoup plus jeune que chez Sam Raimi (joué alors par l'horripilant Tobey Maguire) et Marc Webb (joué par le plus talentueux Andrew Garfield), sont mentionnées de façon très allusive. Mais une fois le tisseur en action, le plaisir est indéniable, le personnage ayant l'humour, la tchatche et l'ingéniosité de son modèle de papier, et Tom Holland l'incarne à la perfection.

Le scénario est donc, comme j'ai essayé d'en rendre compte le plus fidèlement possible dans le résumé, très riche en rebondissements, déployant un récit dense, complexe, mais impeccablement clair, dynamique. Pour les deux tiers de l'histoire, on a en vérité davantage l'impression d'assister à un film Avengers 2-bis tant les péripéties en découlent organiquement et parce que l'équipe de héros est présente. Pourtant il est indiscutable qu'il s'agit bien du troisième chapitre des aventures de Captain America car il est le personnage conducteur et Bucky Barnes/le Soldat de l'Hiver son pivot narratif. Dans le troisième et dernier acte du film, une fois les Vengeurs écartés et malgré les présences encore décisives d'Iron Man (Robert Downey Jr, plus sobre, et c'est bienvenu, que d'habitude) et (dans une moindre mesure) de Black Panther, les deux survivants de la 2nde guerre mondiale sont au premier plan.

Comme tout bon action movie qui se respecte, il faut un bon méchant : Helmut Zemo, interprété avec une rage contenue très inspirée par Daniel Brühl, est mieux que ça - c'est un vilain intéressant, dont le mobile, classique au demeurant (la vengeance), est exploité de manière très raffinée (il cause une fracture nette et durable au sein des Avengers, fragilisés dès le début par le fait que l'ONU veut désormais les encadrer). C'est plus diabolique que la tentative de conquête par Loki et les Chitauris ou le plan d'épuration de Ultron. La façon dont le script amène la révélation des victimes tués lors d'une mission en 1991 par le Winter Soldier est franchement excellente et choquante, justifiant la réaction d'Iron Man et obligeant le spectateur plutôt acquis à Captain America à réévaluer son indéfectible soutien à Bucky (et donc son refus d'être soumis à une loi sur les actions des justiciers).

A l'intérieur de cette intrigue passionnante, Markus et McFeely ont aussi réussi là où Whedon s'était pris les pieds dans Avengers 2 en parvenant à animer un casting pléthorique sans oublier personne en route, et même en précisant quelques relations, comme celle entre Vision (Paul Bettany, épatant parce qu'il semble vraiment sortir des pages de la BD) et Scarlet Witch (Elizabeth Olsen, dosant mieux ses effets pour traduire le désarroi de son personnage), ou entre Steve Rogers (Chris Evans, franchement parfait en boy-scout fidèle en toutes occasions à ses convictions, ses amis) et Sharon Carter : deux romances à la fois assez naturelles et contrariées par les circonstances. Tout en devant composer avec les présences du Faucon (irréprochable Anthony Mackie) et Black Widow (à laquelle Scarlett Johansson prête hélas ! peu de relief, mais dont les rapports avec le reste des héros s'enrichit très habilement - pour Natasha, sa position finale devient même idéale pour qu'elle ait enfin droit à son propre film maintenant), on assiste aux retours de Hawkeye (auquel Jeremy Renner donne enfin sa pleine mesure d'emmerdeur attachant) et de Ant-Man (Paul Rudd n'a besoin que d'une scène pour conserver son capital sympathie - et ce, sans compter la surprise jubilatoire que réserve Scott Lang aux fans des comics...).

Trois séquences, en plus du prologue déjà musclé, offrent de grands moments de baston aux spectateurs : entre un assaut incroyable façon close-combat dans un escalier à Bucarest (avec Captain America et Bucky) et le "triel" à la fin (entre Capt, Bucky et Iron Man), on a droit à une bataille ahurissante lors du face à face des deux factions d'Avengers à l'aéroport. Les frères Russo la mettent en scène avec maestria, les pouvoirs de chacun sont fabuleusement bien utilisés et représentés, le montage est à la fois nerveux et lisible, et les oppositions entre Spidey et Cap et Black Panther et Bucky sont simplement jouissives. On oublie complètement que durant ce long fight Black Widow ou Vision sont finalement bien discrets. Mais c'est incontestablement la meilleure séquence de ce genre depuis le règlement de comptes entre les Avengers et les Chitauris dans le premier film de Whedon (même si ce dernier osait des plans sans coupures encore plus impressionnants).

Tout n'est pas accompli dans ce film : ainsi, le personnage du Général Ross (William Hurt, qui se contente du minimum) est interchangeable (lié à Hulk, qui n'apparaît pas dans l'histoire, il n'a pas le charisme d'un Nick Fury, également absent - une première depuis le début du "MCU" !) et celui d'Everett Ross (Martin Freeman, transparent) est inutile. Sharon Carter demande, elle aussi, à être plus fortement définie dans l'avenir (Emily Van Camp est ravissante, mais moyennement crédible en agent de terrain). Quant au sort infligé à War Machine (que Don Cheadle joue à l'économie), il laisse au goût mitigé : il est sacrifié sans provoquer une grande émotion.

Mais ces faiblesses et réserves n'entament pas la qualité globale du film, qui bouscule vraiment le statu quo et promet beaucoup pour la suite (à laquelle se mêleront en prime de nouveaux personnages et autant d'éléments originaux accrocheurs). Encore une fois, Marvel nous en donne pour notre argent, comblant le fan, épatant l'amateur, et imposant les frères Russo comme une paire d'as : Kevin Feige peut être tranquille, sa (plus du tout) petite entreprise n'est pas prêt de connaître la crise en s'appliquant aussi bien dans ses productions.

CAPTAIN AMERICA 2 : LE SOLDAT DE L'HIVER, de Anthony et Joe Russo (2014)


CAPTAIN AMERICA 2 : LE SOLDAT DE L'HIVER (Captain America : The Winter Soldier) est un film réalisé par Anthony et Joe Russo
Le scénario est signé par Christopher Markus et Stephen McFeely. La photographie est signée Trent Opaloch. La musique est composée par Henry Jackman.

Dans les rôles principaux, on trouve : Chris Evans (Steve Rogers/Captain America), Sebastian Stan (Bucky Barnes/Le Soldat de l'Hiver), Scarlett Johansson (Natasha Romanoff/Black Widow), Samuel L. Jackson (Nick Fury), Robert Redford (Alexander Pierce), Anthony Mackie (Samuel Wilson/Falcon), Cobie Smulders (Maria Hill), Toby Jones (Arnim Zola), Emily VanCamp (Sharon Carter), Haley Atwell (Peggy Carter).

Captain America et Black Widow, accompagnés d'un commando (l'unité Strike), doivent intervenir sur un navire détourné par un mercenaire du nom de Batroc, qui tient en otages plusieurs agents du SHIELD. La mission se déroule difficilement : Black Widow la compromet en récupérant des données informatiques détenues par les pirates alors que Captain America l'ignorait et Batroc réussit à s'enfuir. Mais les otages sont récupérés sains et saufs. 
 Black Widow 
(Scarlett Johansson)

Steve Rogers exprime son mécontentement à Nick Fury, le patron du SHIELD, à propos de la conduite de la mission et de la stratégie du SHIELD, qui s'équipe d'un armement lourd destiné à frapper préventivement de futures cibles terroristes. Pour Fury, il s'agit du meilleur moyen de préparer la paix dans le monde ; pour Rogers, il s'agit des prémices d'un règne de terreur. 
 Alexander Pierce (Robert Redford) et Nick Fury (Samuel L. Jackson)

Cette stratégie, Fury a pu l'élaborer grâce au soutien d'Alexander Pierce, un politicien qu'il a autrefois sauvé et qui représente désormais les intérêts américains auprès du conseil de sécurité mondial.

Fury est victime d'un attaque violente en pleine ville menée par des terroristes habillés en policiers et surtout un mystérieux personnage armé d'un bras mécanique. Le chef du SHIELD comprend qu'une telle opération contre lui n'a pu être commise qu'avec des complicités intérieures à ses services et il se cache chez Rogers à qui il confie une clé USB, contenant les données informatiques recueilles par Black Widow sur le navire détourné par Batroc, en lui conseillant de ne plus faire confiance à personne. Un sniper abat alors Fury et meurt sur la table d'opérations devant Rogers, Natasha Romanoff et Maria Hill (son adjointe).

Captain America s'entretient avec Pierce ensuite, qui est déterminé à venger Fury autant qu'il est convaincu que Rogers semble en savoir plus qu'il ne veut bien le dire sur les raisons pour laquelle leur ami a été tué.
Le héros échappe à une arrestation en quittant le bureau de Pierce mais il devient alors un fugitif recherché, accusé de trahison.
Rogers retourne à l'hôpital, où était admis Fury et où il a caché la clé USB, et y retrouve Black Widow, qui l'a récupérée. Elle est persuadée que Fury a été abattu par un tueur mythique, le Soldat de l'Hiver, auquel elle a eu affaire dans le passé.

Au risque d'être localisés par le SHIELD, Black Widow et Captain America tentent de lire les infos de la clé USB et cela les conduit jusqu'à un centre d'entraînement militaire désaffecté, où Rogers fît ses classes avant de devenir le super-soldat. En inspectant l'endroit, il découvre dans ses sous-sols un vaste complexe informatisé : c'est là, qu'après la Seconde Guerre Mondiale, l'armée fit travailler le scientifique nazi Arnim Zola mais aussi Howard Stark (le père de Tony, alias Iron Man). Zola permit alors à l'Hydra, l'organisation d'espionnage nazie, d'infiltrer le SHIELD au point qu'aujourd'hui toute l'agence est corrompue.
Un missile vient détruire la base et Captain America réussit encore une fois in extremis à s'en sortir avec Black Widow.   
 Sam Wilson/Le Faucon 
(Anthony Mackie)

Ils trouvent refuge chez Sam Wilson, un ancien soldat, qui a démissionné, et que Rogers a rencontré récemment lors d'un footing puis dans une séance de thérapie de groupe. Il avait alors évoqué avec lui ce qu'il pourrait faire si Captain America prenait, lui aussi, sa retraite.
En partageant avec Wilson ce qu'ils ont appris, Rogers et Romanoff en déduisent que l'agent Jasper Sitwell, qu'ils avaient sauvé sur le navire détourné par Batroc, est certainement une taupe au service de l'Hydra. Ils décident alors de le kidnapper pour le faire parler et empêcher que les terroristes nazis infiltrés au SHIELD ne mettent leur plan à exécution en utilisant l'arsenal préventif développé par l'agence.

Sitwell est enlevé et confirme les soupçons de Captain America et Black Widow. Mais le Soldat de l'Hiver et les commando du Strike interviennent alors pour récupérer l'agent et capturer Rogers et Romanoff. Une bataille terrible a lieu alors, durant laquelle Captain America découvre que le Soldat de l'Hiver n'est autre que son ami et ancien compagnon d'armes, Bucky Barnes, qu'il avait cru mort durant une mission durant la guerre. 
Bucky Barnes/le Soldat de l'Hiver 
(Sebastian Stan)

Rogers, Romanoff et Wilson sont arrêtés et emmenés en lieu sûr. Mais Maria Hill, qui a pris la place d'un membre du Strike, permet au trio de se faire la belle durant le transfert. Elle les conduit ensuite jusqu'à un repaire secret du SHIELD où se trouve... Nick Fury !
Celui-ci a maquillé son décès et récupère encore de ses blessures. Il a la conviction que Pierce est le chef d'orchestre de tous leurs ennuis mais il a un plan pour contrarier le massacre qu'il prépare. Pour cela, il faudra pirater les ordinateurs des trois héliporteurs surarmés du SHIELD et programmés pour cibler des civils - un carnage pour prouver à la fois la force de frappe de l'agence et son contrôle par l'Hydra.

Cependant, Pierce, sachant que Captain America et Black Widow sont au courant de ses projets après avoir interrogé Sitwell, ordonne que Bucky Barnes subisse une nouvelle séance d'électrochocs car il a été troublé par ses retrouvailles avec Rogers. Il doit être prêt à l'affronter de nouveau et à le tuer cette fois. 
L'agent 13, Sharon Carter 
(Emily VanCamp)

Sam Wilson, devenu le Faucon avec son équipement de vol, et Captain America sont chargés d'attaquer les héliporteurs pour reprogrammer leurs ordinateurs tandis que Fury, Maria Hill et Black Widow investissent le QG du SHIELD pour atteindre Pierce et guider Rogers et son acolyte.
Le Soldat de l'Hiver écarte le Faucon puis affronte Rogers tandis que Pierce est neutralisé. Les héliporteurs s'entredétruisent. Black Widow rend publics tous les dossiers du SHIELD afin de griller aussi les agents infiltrés de l'Hydra.
Black Widow et Steve Rogers/Captain America
(Scarlett Johansson et Chris Evans)

Nick Fury prend le maquis. Natasha Romanoff défie la commission d'enquête de l'arrêter en déclarant que les super-héros sont les derniers protecteurs du monde libre. Steve Rogers reçoit l'aide de Sam Wilson pour partir à la recherche de Bucky Barnes, qui a préféré disparaître à nouveau après avoir recouvert la mémoire durant sa dernière bagarre avec Captain America.

(Deux scènes supplémentaires se déroulent après la fin : la première montre le baron Von Strucker, cadre de l'Hydra, préparant déjà la suite des hostilités avec deux captifs doués de super-pouvoirs - les jumeaux Wanda et Pietro Maximoff alias Scarlet Witch et Quicksilver. La seconde montre Bucky devant le mur dédié à sa biographie dans le musée abritant l'exposition consacrée aux exploits de Captain America durant la guerre.)

Le premier film consacré à Captain America (First Avenger, réalisé par Joe Johnston en 2011) fut une des meilleures productions des studios Marvel et Paramount dans la désormais longue liste d'adaptations des comics de la "maison des idées". Cette réussite allait être confirmée par Avengers de Joss Whedon (en 2012), le troisième plus grand succès commercial de l'histoire du box office mondial.

Depuis, on a eu droit au surprenant Iron Man 3 (inégal mais avec d'excellentes audaces) et au brouillon Thor 2 : Le Monde des Ténèbres (spectaculaire mais un peu alambiqué). C'est dire qu'avec ce nouvel opus l'attente était grande, et la curiosité attisée par le fait que ce sont deux réalisateurs de comédies qui étaient choisis pour le diriger.

Pourtant, inutile de tourner autour du pot, c'est sans doute le meilleur film Marvel de la collection, un film dense et riche en actions, qui redistribue un paquet de cartes pour la suite, et dont le seul bémol réside dans quelques ellipses et le fait que désormais il faut vraiment suivre chaque épisode pour apprécier le produit présenté (les producteurs ont clairement pris le parti de concevoir chaque projet comme un élément d'un univers partagé, avec des références à d'autres personnages et d'autres événements dans des films précédents).

Les scénaristes et les deux réalisateurs ont fait le pari de s'inspirer directement d'une histoire récente des comics de Captain America puisque l'intrigue s'appuie sur le Winter Soldier (le Soldat de l'Hiver), personnage installé au tout début du run d'Ed Brubaker (en 2005). S'il n'est évidemment pas question (ni même possible) d'adapter littéralement les épisodes originaux, c'est la première fois qu'un film emprunte aussi directement à la source et une source aussi récente.

Ce faisant, Captain America 2 est aussi presque davantage un film d'espionnage dans la lignée d'oeuvres américaines des années 70 (comme Les 3 Jours du Condor de Sydney Pollack) qu'un film de super-héros traditionnel - il suffit presque, pour s'en convaincre, au-delà de la trame, de compter les scènes où les héros apparaissent dans leurs costumes de justiciers : dans sa grande majorité, le film nous montre Steve Rogers (même son bouclier n'est jamais loin), Natasha Romanoff et Sam Wilson en civil.

Au-delà de ces considérations vestimentaires, ce qui frappe ici, c'est que le film s'articule autour de quelques scènes d'action très spectaculaires (l'opération sur le navire au début, l'attaque contre Fury, l'évasion de Captain America, la riposte à l'enlèvement de Sitwell, et le long final avec les héliporteurs), pas plus d'une demi-dizaine, ce qui est finalement peu pour un film d'aventures de 2h10, même si chacune dure longtemps et frappe les esprits par sa démesure croissante. Cela signifie qu'entre chacun de ces moments forts se déploie une intrigue complexe mais néanmoins facile à suivre, car linéairement développée et clairement narrée (selon le modèle d'une pelote qu'on déroule, chaque nouvelle découverte conduisant à la suivante jusqu'à la révélation globale du plan des méchants et de la contre-attaque des gentils).

De ce strict point de vue scénaristique, Captain America 2 est le plus abouti de tous les films Marvel (plus même que Avengers), avec des situations surprenantes et obéissant à la logique, des thématiques adultes (un état de terreur contre un état de liberté), des personnages ambivalents (en proie au doute comme Rogers, dépassé par leur propre complicité avec le système comme Fury ou Romanoff, reprenant du service comme Wilson, corrompant le monde comme Pierce).

L'ensemble possède une richesse, une profondeur inédites, qui tout en soignant le divertissement apporte au spectateur de l'épaisseur au propos, aux protagonistes, sans sombrer dans une réflexion trop sérieuse (tout cela a valeur de symbole, à l'image de son héros, et conserve les fantaisies propres au genre, avec son lot de super-soldats revenus d'entre les morts, de barbouzes médusés, etc).

Parfois, toutefois, on devine qu'au montage, le film a sacrifié des éléments du script un peu trop sèchement et si les fans des comics n'auront pas de mal à remplir les blancs, les spectateurs moins initiés trouveront certains aspects vite expédiés ou même carrément nébuleux : celui qui, sans être connaisseur, aura tout compris sur la manière dont Bucky Barnes a non seulement survécu à la guerre mais a été récupéré et conditionné par les nazis avec les quelques flashs rétrospectifs du film pourra s'estimer heureux, et, usant d'un cliché tout aussi rapide, la façon dont le Soldat de l'Hiver est troublé en un regard et une phrase par Steve Rogers au point, à la fin, de recouvrer la mémoire (même si, dans une des deux scènes post-générique, on devine qu'il n'est pas tout à fait remis) est un peu facile.

Sans doute qu'avec quelques minutes en plus (ou en moins pour les scènes d'action, notamment à la fin), tout cela aurait pu être plus intelligemment explicité, mais c'est une faiblesse récurrente chez de nombreux films de super-héros (en particulier chez Marvel) que de sacrifier des tournants psychologiques importants au profit du pur spectacle.

Mais ces réserves ne suffisent pas à gâcher le plaisir pris dans l'ensemble (d'autant qu'on n'a pas droit au quota de répliques soi-disant drôles qui ont entaché les deux Thor ou les deux derniers Iron Man : si le film est plus sombre et sérieux, il n'est pas pour autant trop sombre ni trop sérieux et donc peut se passer de touches pseudo-humoristiques).    

On retiendra aussi, autres points positifs, qu'aucun rôle dans une distribution pourtant abondante n'est négligée (à l'exception de l'agent 13, Sharon Carter, mais ce n'est sans doute que partie remise, le personnage semblant promis à revenir dans le prochain épisode).

Ainsi, Captain America est traité comme cet homme hors du temps fidèle aux bandes dessinées, et c'est sa figure idéaliste qui l'empêche d'être une caricature patriotique, un emblème de l'impérialisme américain : ce héros un peu lisse devient de plus en plus touchant car il refuse de n'être qu'un bon soldat, d'adhérer à une politique répressive. Il pense même à raccrocher, ce qui est assez culotté pour ce type de personnage et de film !

Si le Soldat de l'Hiver est donc assez faiblement présenté, il s'avère un adversaire très intéressant et à la cinégénie efficace : il est assez puissant pour impressionner le Captain et visuellement, sa transposition à l'écran est parfaite (le personnage tel que designé par Steve Epting, très respecté ici, était, il faut le dire, taillé pour le cinéma). C'est moins un méchant, certes très physique, qu'un héros perverti et promis lui aussi à être réemployé et resitué dans l'avenir.

La Veuve Noire gagne aussi en épaisseur et en présence à l'image, son duo avec Steve Rogers fonctionne très bien (l'histoire déjoue avec habileté la romance que pouvait suggérer les photos diffusées lors du tournage). Surtout, le personnage obtient un statut bien à lui à la fin de l'aventure, qui va certainement résumer celui de tous les Avengers liés au gouvernement (hors-la-loi ? Electrons libres ? Justiciers indépendants ? Contre pouvoir ?).

L'introduction du Faucon est également une réussite : en tant que Sam Wilson, c'est un second rôle nuancé, qui forme un bon tandem avec Rogers/Cap', fidèle à ce qu'on voit dans les comics. Il dispose de scènes variées, et dans l'action, il offre des séquences vraiment vertigineuses.

Enfin, les personnages de Fury et Pierce s'intègrent aussi de manière épatante à l'intrigue : le premier connaît là son aventure la plus mouvementée où il apparaît dans toute sa splendeur, manipulateur manipulé et revanchard puis prenant le maquis (son retour sera à coup sûr une attraction prometteuse) ; le second est le vrai bad guy de l'affaire, pas simplement un méchant classique mais un ennemi retors qui se dévoile progressivement (même si le fan de comics aura pu fantasmer à une double identité encore plus jubilatoire).

La mise en scène des frères Russo, alors même qu'ils ne sont pas issus du cinéma d'action à grand spectacle, est le grand atout de cette production. Ils ont su trouver la bonne distance pour filmer ce divertissement auquel ils donnent tout le muscle nécessaire quand il le faut, avec des parties très mouvementées, des bastons énergiques, de la tôle froissée à foison, des effets pyrotechniques et du dolby surround en volume suffisant pour tout le monde, mais aussi un vrai soin pour raconter l'histoire de manière lisible, nette, avec des alternances diminuendos-crescendos très maîtrisés.

Et puis il faut reconnaître que Marvel, fort de ses succès antérieurs et donc d'une grosse tirelire, met le paquet et ça se voit sur l'écran : les décors, les véhicules, les costumes, tout le production design est extrêmement luxueux, avec une photo qui sait à la fois mettre en valeur tout ce décorum sans s'arrêter au clinquant. Le triomphe de Avengers a, c'est évident, placé le curseur très haut, il faut dorénavant que chaque film consacré aux membres de l'équipe soit à la (dé)mesure du blockbuster de Whedon, et de ce point de vue, Captain America 2 est le long métrage le plus impressionnant (bien plus que les derniers Iron Man ou les deux Thor). Le film ne faiblit jamais, on en a pour son argent et on sent que l'argent investi a été bien dépensé dans cette optique, qu'il s'agisse du soin apporté à la rédaction du script à l'ampleur désiré pour le mettre en image.

La distribution est aussi enthousiasmante : Chris Evans n'est pas un grand acteur et il ne fait pas non plus de numéro, mais il sait se montrer plus subtil qu'un Chris Hemsworth (qui incarne Thor, un personnage il est vrai plus difficile car plus fantastique) ou un Robert Downey Jr (génial dans la composition mais qui entraîne Iron Man parfois dans le show). Il n'empêche, il a su s'imposer dans le rôle alors que je n'étais pas conquis d'avance.

La grande gagnante de cet opus 2 est toutefois Scarlett Johansson qui, après avoir dû se contenter de quelques scènes frustrantes dans Iron Man 2 et fait à peine plus que de la figuration dans Avengers, a cette fois une vraie partition à jouer. Même si elle ne paraît toujours pas un choix idéal pour incarner la Veuve Noire (on ne croit par exemple pas une seconde qu'elle puisse être une telle combattante, ce qui est quand même embêtant pour jouer une super espionne), elle se défend très bien en restant sobre, charmeuse juste ce qu'il faut, sexy sans être réduite à ça (ne pas la voir évoluer en permanence dans une combinaison noire moulante aide aussi).

Sebastian Stan reprend son rôle de Bucky Barnes tout ayant la lourde tâche d'incarner le Soldat de l'Hiver. Il ne démérite pas, même si, comme je l'ai dit plus haut, le montage du film a un peu trop sacrifié les tourments du personnage. Stan manque un peu de charisme, d'expressivité, mais ses scènes avec Evans sont assez intenses.

LA déception vient d'avoir confié à l'insipide Emily VanCamp le rôle de Sharon Carter. Enfin, "rôle", c'est un bien grand mot : certes, on sent bien qu'il s'agissait de présenter le personnage pour mieux le développer dans le futur, mais la comédienne de la série Revenge est trop fade, elle manque cruellement de présence. Elle ne serait pas là que le film n'en souffrirait pas.

Heureusement, il y a Samuel L. Jackson, toujours impeccable dans son rôle de Nick Fury, et qui, comme Johansson, a vraiment quelque chose à jouer. Il en impose naturellement, la mythologie de l'acteur fétiche de Tarantino bénéficiant à celle du directeur du SHIELD.

Et que dire de la présence de Robert Redford ? Effet garanti que de voir l'interprète de tant de chefs d'oeuvre dans la distribution d'une production Marvel : c'est savoureux de le voir camper le méchant, sans jamais se départir de cette classe folle et de ce charisme intact - ça, c'est de la guest-star !

Captain America 2 remplit donc son contrat - un divertissement bluffant doté d'un scénario malin - mais il fait même mieux que ça, en redessinant le Marvelverse au cinéma (plus de SHIELD, des personnages redéfinis), et en teasant de manière alléchante Avengers 2