Affichage des articles dont le libellé est Matt Damon. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Matt Damon. Afficher tous les articles

lundi 17 octobre 2016

NOUVEAU DEPART, de Cameron Crowe (2011)


NOUVEAU DEPART (We Bought A Zoo) est un film réalisé par Cameron Crowe.
Le scénario est écrit par Cameron Crowe et Aline McKenna, d'après le récit de Benjamin Mee. La photographie est signée Rodrigo Pietro. La musique est composée par Jon Por Birgison.


Dans les rôles principaux, on trouve : Matt Damon (Benjamin Mee), Scarlett Johansson (Kelly Foster), Colin Ford (Dylan Mee), Maggie Elizabeth Jones (Rosie Mee), Patrick Fugit (Robin Jones), Thomas Haden Church (Duncan Mee), Elle Fanning (Lily), Angus Macfadyen (Peter MacCready), John Michael Higgins (Walter Ferris).

Six mois après la mort de sa femme Katherine, Benjamin Mee mène difficilement de front sa vie de père de famille, avec son fils Dylan et sa fille Rosie, et sa carrière de journaliste. Mais ses relations difficiles avec son fils, le souvenir omniprésent de son épouse et la pitié de son rédacteur en chef l'empêchent de progresser. Il décide donc de déménager et de trouver un nouvel emploi.
Benjamin et Dylan Mee
(Matt Damon et Colin Ford)
Après avoir visité plusieurs propriétés, il est séduit par une maison... Mais celle-ci est attenante à un zoo qu'il doit aussi racheter pour s'y installer ! Malgré la folie du projet, Benjamin accepte, au grand dam de son fils. 
 Robin Jones, Walter Ferris, Lily, Kelly Foster, Dylan Mee,
Benjamin Mee, Peter MacCready et Rosie Mee
(de gauche à droite : Patrick Fugit, John Michael Higgins,
Elle FanningScarlett Johansson, Colin Ford, Matt Damon,
Angus Macfadyen, et Maggie Elizabeth Jones)

Benjamin et ses enfants font la connaissance du personnel du zoo, à la tête duquel se trouve la séduisante Kelly Foster. Elle lui sert de guide et de conseillère pour identifier les animaux, leurs besoins et estimer le coût financier des travaux de réhabilitation de l'endroit.
Kelly Foster et Benjamin Mee
(Scarlett Johansson et Matt Damon) 

Benjamin assume toutes les dépenses grâce aux économies qu'il a faîtes durant sa carrière de reporter, mais les frais sont énormes et surtout la réouverture du parc est soumise à l'approbation d'un contrôleur intraitable, Walter Ferris. Sa première inspection révèle d'ailleurs que de nouveaux aménagements doivent être accomplis. 
Duncan Mee, Kelly Foster, Robin Jones, Benjamin Mee, Dylan Mee,
Peter MacCready, Lily, Rosie Mee
(à gauche : Thomas Haden Church)

Duncan, le frère aîné de Benjamin, qui travaille dans une banque, le met en garde car il est presque ruiné désormais. Dylan se heurte violemment à son père tout ignorant les sentiments que lui porte Lily, jeune fille qui assiste Kelly. 
Robin Jones, Benjamin Mee et Kelly Foster
(Patrick Fugit, Matt Damon et Scarlett Johansson)

Mais la providence va sauver l'entreprise de Benjamin lorsqu'il découvre par hasard que sa femme avait placé de l'argent, une somme suffisante pour relancer le zoo et envisager l'avenir sereinement. Cela suffira-t-il à convaincre Ferris, à apaiser Dylan, et surtout à attirer le public dans le zoo remis à neuf - tout en laissant l'opportunité à Benjamin d'ouvrir à nouveau son coeur à une autre femme en la personne de Kelly ?
Le tigre et Benjamin

J'ai découvert durant l'été 2015, en pleine canicule, ce film réalisé par un cinéaste pour lequel j'ai toujours eu de la sympathie. Cameron Crowe avait signé deux grandes réussites dans les années 90 avec Jerry Maguire (1996) et Presque célèbre (1999, inspiré par sa propre expérience de jeune journaliste à "Rolling Stone"). Vanilla Sky (remake inégal d'Ouvre les yeux, en 2001) puis Retour à Elizabethtown (2005) étaient moins convaincants. Quant à Welcome back (sorti l'an dernier), il a été un échec critique et commercial cuisant, entaché d'une polémique idiote (on a reproché à Crowe d'avoir donné à Emma Stone le rôle d'une native de Hawaï).

Cinéphile passionné, Crowe a aussi signé un passionnant et superbe ouvrage dont je conseille la lecture à tous : Conversations avec Billy Wilder (Actes Sud/Institut Lumière).

Nouveau départ n'a pas plu à beaucoup de critiques mais il a remporté un joli succès en salles (surtout aux Etats-Unis) et semble désormais destiné à de fréquentes rediffusions télé le Dimanche. C'est une case idéale pour cet archétype du feel-good movie, très bien écrit, réalisé et interprété.

Alors, oui, il ne faut pas l'aborder avec cynisme : c'est effectivement gentil, sucré même, rempli de bons sentiments, et très américain. Ce récit inspiré de faits réels sur un veuf qui achète une maison et le zoo attenant est une de ces success stories comme seul le cinéma US en produit. Le scénario est d'une prévisibilité imparable avec conflits père-fils, récit initiatique, romances multiples, seconds rôles clichés au possible, etc.

Pourtant, en tout cas avec moi, ça fonctionne. Le film possède sinon une grâce, en tout cas un vrai charme et il est transmis par ses acteurs, formant une distribution qui a belle allure : Matt Damon perpétue cette lignée d' "honnêtes hommes" comme l'Amérique en fournit régulièrement au 7ème Art (de James Stewart à Tom Hanks) et il a pris une sorte d'épaisseur, de consistance qui correspond pile avec ce rôle de père veuf à la fois dépassé et galvanisé par ses rêves. Scarlett Johansson resplendit ici : elle est parfaitement convaincante en zoologiste pugnace et réaliste qui est conquise par son patron. Thomas Haden Church promène sa gueule de dur au coeur tendre dans un personnage de frangin solidaire très attachant.

Les seconds rôles sont également enthousiasmants, que ce soit Patrick Fugit (de retour devant la caméra de Crowe après sa révélation dans Almost Famous), Angus Macfadyen (savoureux en employé enragé), John Michael Higgins (jubilatoire en inspecteur tatillon), et surtout Elle Fanning (déjà rayonnante).

Pour une comédie sentimentale de plus de deux heures, Nouveau départ ne souffre d'aucune longueur, porté par une bande-son extraordinaire (moins pour la partition originale de Jon Por Birgison que pour la sélection de chansons - Neil Young, Bob Dylan... - qui rappelle l'expérience de journaliste rock du cinéaste). 

Et puis il y a ce magnifique tigre, le plus bel animal de la planète ("qui n'aurait pas envie d'avoir un tigre comme meilleur ami ?" dixit Bill Watterson, le papa de Calvin and Hobbes), parfait symbole de ce film sur le dépassement du deuil, qui est pétri de ce bon sentimentalisme sur lequel Crowe eut l'occasion de longuement disserter avec Billy Wilder et dont il a bien retenu les leçons, assumant comme son maître un cinéma généreux et affectif, très rafraîchissant aussi bien par temps chaud qu'en période agitée.

jeudi 8 septembre 2016

MONUMENTS MEN, de George Clooney (2014)


MONUMENTS MEN est un film réalisé par George Clooney.
Le scénario est adapté du livre de Robert M. Edsel par George Clooney et Grant Heslov. La photographie est signée Phedon Papamichael. La musique est composée par Alexandre Desplat.

Dans les rôles principaux, on trouve : George Clooney (Frank Stokes), Matt Damon (James Granger), Cate Blanchett (Claire Simone), Jean Dujardin (Jean-Claude Clermont), Hugh Bonneville (Donald Jeffries), John Goodman (Walter Garfield), Bob Ballaban (Preston Savitz), Bill Murray (Richard Campbell).
Frank Stokes
(George Clooney)

1943. Le conservateur de musée Frank Stokes convainc le président Franklin Roosevelt de créer une unité spéciale chargée de retrouver et sauvegarder les oeuvres d'art et monuments historiques pillés par les nazis. 
Walter Garfield, James Granger, Frank Stokes, Preston Savitz et Richard Campbell
(John Goodman, Matt Damon, George Clooney, Bob Ballaban et Bill Murray)

Il recrute donc sept hommes avec lesquels il gagne l'Angleterre puis la France. L'un des membres de l'équipe, James Granger, conservateur du MET (Metropolitan Museum of Arts de New York), rejoint Paris pour rencontrer Claire Simone, historienne au Musée du Jeu de Paume, qui a recensé en secret tous les tableaux et sculptures déplacés en Allemagne.
Jean-Claude Clermont
(Jean Dujardin)

Le reste du groupe se scinde en trois binômes pour mettre la main sur ce que les nazis ont déjà transporté au-delà des lignes ennemies. Ils découvrent ainsi que de nombreuses pièces disparues sont cachées dans des grottes et mines abandonnées.
James Granger et Claire Simone
(Matt Damon et Cate Blanchett)

Le conflit touche à sa fin et les allemands commencent à détruire les oeuvres pour que les alliés ne les récupèrent pas. Les "Monuments Men" doivent aussi se presser pour que les russes ne les devancent pas dans leur mission. 

Tous ces soldats de l'art ne reviendront pas vivants de leur expédition mais ce sont plus de cinq millions d'oeuvres qui seront ainsi sauvées avant et après la capitulation des allemands...

Après cinq films (Confessions d'un homme dangereux en 2002, Good night and good luck en 2005, Jeux de dupes en 2008 et Les marches du pouvoir en 2011) comme réalisateur bien accueillis, George Clooney essuya avec Monuments Men son premier échec critique et un résultat moyen au box office. 

Pourtant, cet opus s'inscrit dans la droite ligne de ses précédents longs métrages, témoignant de l'intérêt du cinéaste pour les récits en prise directe avec l'Histoire mais aussi avec un certain cinéma classique des années 40-50 ou du "Nouvel Hollywood" des années 70. Vedette accomplie mais aussi citoyen engagé (c'est un fervent Démocrate), il choisit ses sujets en fonction de ses préoccupations personnelles, les finançant grâce aux succès qu'il obtient avec des films plus commerciaux comme acteur (par exemple la série des Ocean's).

Pourtant, sans être un grand film, ou même un film à la hauteur de son sujet, ce n'est pas un film qui démérite. Que lui a-t-on reproché au juste ? De n'être pas un film de guerre haletant et spectaculaire ? C'est vrai qu'il n'a pas l'intensité d'Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg par exemple, mais l'histoire n'a pas le même objectif. De tirer vers la comédie ? C'est faux car si le film a du charme à revendre, un glamour assumé, il ne cherche pas à faire rire.

Il me semble que ce qui a déplu en vérité est curieux : Monuments Men s'aligne sur la citation de Pascal Jardin quand il définissait "le propre du romancier : dire des choses exactes et mettre de faux noms". Tout est (presque) vrai dans ce film, mais Clooney l'a romancé : son personnage et celui de Cate Blanchett sont directement inspirés, respectivement, de George Stout (conservateur du Musée Fogg de Harvard et vétéran de la première guerre mondiale) et de Rose Valland (historienne au Musée du Jeu de Paume qui, au péril de sa vie, dressa des inventaires des oeuvres volées par les nazis tout en leur faisant croire qu'elle ne comprenait pas l'allemand). En revanche, il a inventé le français Jean-Claude Clermont pour donner un rôle à Jean Dujardin avec lequel il est devenu ami.

La réalisation est élégante, avec une belle photographie : Clooney filme à l'ancienne, c'est-à-dire qu'il veut surtout mettre en images son script de manière lisible et efficace et suivre les acteurs. Pas de grands mouvements d'appareil donc, mais un esprit de troupe qui fait écho à l'équipe de soldats de l'art : la complicité entre les acteurs est visible, et chacun a droit à son grand moment. Qui se plaindrait de voir jouer ensemble John Goodman et Bill Murray ? Quant à Matt Damon, il est impeccable comme d'hab' : ses scènes avec Cate Blanchett (d'une classe folle comme toujours) sont formidables, ne cédant jamais aux clichés (le personnage de Claire Simone hésite en effet à se fier aux américains qu'elle soupçonne de vouloir s'approprier les oeuvres d'art sous prétexte de les sauver).

Ce qui affaiblit sans aucun doute le projet tient plutôt au rythme et au ton du script : il est vrai que, sans être ennuyeux, la mise en scène est très pépère, d'une nonchalance qui contredit le fait que la mission des héros est censée être une course contre la montre (contre les nazis mais aussi contre les russes). Subséquemment, quand un des membres du groupe trouve la mort, l'émotion n'est pas vraiment au rendez-vous alors même que Stokes répétait qu'"aucun tableau ne mérite qu'on soit tué pour lui".

Clooney est aussi victime de sa propre attitude : séduisant et cool, la vedette est irrésistible grâce à cela, mais appliqué à un sujet aussi dramatique, ce côté débonnaire donne à son film des allures de promenade entre copains plutôt que de périple d'experts en territoire ennemi.

Mais, porté par une belle partition musicale d'Alexandre Desplat, Monuments Men demeure un divertissement agréable, réunissant un beau casting et s'achevant sur un clin d'oeil : c'est en effet Nick Clooney, le père de la star, qui incarne Frank Stokes dans l'épilogue situé en 1977 !