Affichage des articles dont le libellé est Anaïs Demoustier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Anaïs Demoustier. Afficher tous les articles

mardi 21 mars 2017

QUAI D'ORSAY, de Bertrand Tavernier (2013)


QUAI D'ORSAY est un film réalisé par Bertrand Tavernier.
Le scénario est écrit par Bertrand Tavernier, Antoine Baudry et Christophe Blain, d'après la bande dessinée Quai d'Orsay - Chroniques diplomatiques d'Abel Lanzac et Christophe Blain. La photographie est signée Jérôme Alméras. La musique est composée par Philippe Sarde.

Dans les rôles principaux, on trouve : Thierry Lhermitte (Alexandre Taillard de Worms), Raphaël Personnaz (Arthur Vlaminck), Niels Arestrup (Claude Maupas), Anaïs Demoustier (Marina), Thomas Chabrol (Sylvain Marquet), Julie Gayet (Valérie Dumontheil), Bruno Raffaeli (Stéphane Cahut), Thierry Frémont (Guillaume Van Effentem), Alix Poisson (Odile).
 Arthur Vlaminck et Alexandre Taillard de Worms
(Raphaël Personnaz et Thierry Lhermitte)

Arthur Vlaminck, jeune diplômé de l'ENA, est recruté pour travailler au service d'Alexandre Taillard de Worms, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement français. Homme de Droite, charismatique et fougueux, celui-ci impressionne tous ses collaborateurs.
Claude Maupas, Arthur Vlaminck et Alexandre Taillard de Worms
(Niels Arestrup, Raphaël Personnaz et Thierry Lhermitte)

Il est épaulé par Claude Maupas, son flegmatique directeur de cabinet, et une flopée de conseillers ambitieux, qui ne cessent de s'infliger des coups bas dans l'espoir assumé de s'attirer les faveurs de leur patron, comme le constate rapidement, d'abord dépité puis résolu à ne pas se laisser faire, Arthur.
Guillaume Van Effentem, Sylvain Marquet, Arthur Vlaminck,
Alexandre Taillard de Worms, Claude Maupas, Valérie Dumontheil et
Stéphane Cahut (Thierry Frémont, Thomas Chabrol, Raphaël Personnaz,
Thierry Lhermitte, Niels Arestrup, Julie Gayet et Bruno Raffaeli)

La situation internationale est tendue, notamment en Afrique, et requiert les efforts de tout le personnel ministériel, bien moins nombreux et équipé que celui d'autres grandes puissances, mais motivé. Au milieu des feuilles qui volent sur le passage de Taillard de Worms, toujours impatient de recevoir ses fiches et discours, Arthur a la délicate mission de s'occuper du "langage", la mise en forme des textes officiels du ministre, l'expression de la parole publique de la diplomatie française. 
Arthur et Marina
(Raphaël Personnaz et Anaïs Demoustier)

Dans ces conditions, la rédaction d'un discours destiné à être prononcé devant le conseil de sécurité de l'ONU n'est pas une mince affaire : le directeur de cabinet doit l'approuver, mais les divers conseillers sollicités pour l'élaborer le dénigrent, la copie doit être corrigée à toute heure du jour et de la nuit - ce qui impacte la vie amoureuse d'Arthur avec sa fiancée, institutrice engagée à Gauche, compatissante mais aussi souvent étonnée par ces cadences infernales.  
Arthur et Taillard de Worms

Pourtant, au prix d'efforts incroyables, d'un dévouement sans failles, d'une patience à toute épreuve, entre deux crises gérées énergiquement, Arthur parvient à produire pour Taillard de Worms un document qui fera date pour signifier le refus de la France de s'engager dans un conflit aux motivations spécieuses (la détention par un pays d'armes de destruction massive) au Moyen-Orient auprès des Etats-Unis.  
Taillard de Worms

Ce n'est pas la première fois que Bertrand Tavernier explore les coulisses du pouvoir : déjà, en 1975, il avait montré les dessous de la Régence de Louis XV au XVIème siècle dans Que la fête commence. En revanche, c'est la première fois qu'il s'essaie à la comédie pure en adaptant, qui plus est, une bande dessinée. 

Les deux tomes de Quai d'Orsay - Chroniques diplomatiques ont été un gros succès de librairie, où Antoine Baudry alias Abel Lanzac avait puisé dans sa propre expérience de conseiller de Dominique de Villepin qui a inspiré le personnage de Alexandre Taillard de Worms, auquel le dessinateur Christophe Blain avait d'ailleurs donné les traits.

En narrant les efforts d'un plumitif chargé d'écrire les discours de ce hussard tonitruant, planchant en particulier sur le discours prononcé le 14 Février 2003 qui traduisit le refus de la France de s'engager militairement aux côtés des Etats-Unis en Irak, le film s'affiche comme une satire ambitieuse mais légère sur le monde de la diplomatie, ses jeux de pouvoir, ses luttes d'influence, mettant surtout en scène les collaborateurs du ministre et ce dernier.

Certainement conscient qu'il ne pourrait rivaliser avec la puissance visuelle et humoristique du matériau d'origine, Tavernier a pris le parti, avec l'accord des auteurs qui ont participé à l'écriture de l'adaptation, à la fois de tailler dans les abondantes péripéties des albums mais aussi de ne pas coller fidèlement à la représentation graphique des personnages. Dans la BD, Taillard de Worms est un géant à la fois illuminé et avisé et tous ceux qui gravitent autour de lui n'existent qu'en fonction de ce qu'il leur demande ou de ce qu'ils disent de lui. Un film procède d'une mécanique différente où il faut caractériser plus finement les personnages pour ne pas sombrer dans un one-man show, mais surtout parce qu'il n'existe pas un acteur rivalisant physiquement avec son alter ego de papier. A cause de ces contraintes, je me sens d'humeur indulgente face au résultat.

Tavernier privilégie donc une comédie qui s'appuie sur les dialogues (quand bien même il a conservé des tics de langage qui fonctionnent parfois moins bien comme les fameux "Tchac ! Tchac ! Tchac !" qu'emploie Taillard de Worms pour expliquer comment il faut structurer ses discours). Il compose ainsi un étonnant ballet, grâce à une caméra très mobile, empruntant au vaudeville (les portes claquent) avec un rythme soutenu. Ponctué de citations d'Héraclite (comme dans la BD), l'auteur préféré du ministre (même s'il y fait référence de façon parfois très personnelle), le récit défile comme une série de séquences dans un dispositif qui évoque les sitcoms. Les gags qui en découlent sont parfois très amusants (les micro-siestes de Maupas, les explications pleines de sous-entendus tordus - souvent sexuels - de Van Effentem), ironiques (les amis et la fiancée d'Arthur, tous de Gauche, qui s'étonnent qu'il serve un ministre de Droite, la fascination d'Arthur pour Taillard de Worms et ses "visions"), parfois aussi inutilement insistantes (les feuilles qui volent - un truc trop "cartoonesque" pour être transposé littéralement). 

Mais plus que la précision documentaire ou les ressorts de la farce, ce qui fonctionne vraiment tient au tableau du ministère dans son ensemble, véritable ruche aux couloirs interminables, avec ses codes désuets mais immuables, son cérémonial, sa hiérarchie, observée avec malice mais sans complaisance.

Dans la peau de ce diplomate hors normes, Thierry Lhermitte a l'intelligence de ne pas en rajouter : il le joue avec vivacité mais ironie, une sorte de folie douce et élégante, constamment excédé mais joueur. S'agitant au milieu de sa cour, il trouve son parfait contrepoint avec Niels Arestrup, étonnant et épatant dans un contre-emploi, tandis que Raphaël Personnaz incarne parfaitement le Candide de l'histoire, avec une ingénuité subtile. Les seconds rôles sont superbement distribués (Julie Gayet magistrale en conseillère provocante, Thierry Frémont impeccable en éminence grivoise).

Au fond, Tavernier compare, habilement mais justement, le ministère et ses occupants divers à une scène de théâtre/un plateau de cinéma, avec son metteur en scène et sa troupe. Ce parallèle suggère son inspiration : comme pour une pièce/un long métrage, l'équipe doit être soudée et compétente pour obtenir un bon résultat, quand bien même à la fin de la représentation/projection, seule la tête d'affiche retient l'attention et reçoit les lauriers.  

mercredi 8 février 2017

A TROIS ON Y VA, de Jérôme Bonnell (2015)


A TROIS ON Y VA est un film réalisé par Jérôme Bonnell.
Le scénario est écrit par Jérôme Bonnell et Maël Piriou. La photographie est signée Pascal Lagriffoul. La musique est composée par Mike Higbee.


Dans les rôles principaux, on trouve : Anaïs Demoustier (Mélodie), Félix Moati (Micha), Sophie Verbeeck (Charlotte), Patrick d'Assumçao (William), Olivier Broche (le client de Mélodie).
 Mélodie
(Anaïs Demoustier)

Mélodie est une jeune avocate amoureuse de Charlotte, chanteuse dans des bars où elle se produit occasionnellement avec deux amis musiciens. 
Charlotte
(Sophie Verbeeck)

Charlotte vit avec Micha, un assistant vétérinaire, mais leur couple va mal car la jeune femme a visiblement la tête ailleurs et lui se décourage de comprendre ce qui ne va plus entre eux. 
Micha
(Félix Moati)

La situation se corse quand, un soir, après avoir dîné avec Charlotte et Micha, Mélodie est reconduite chez elle par ce dernier qui avoue son attirance et son amour. D'abord surprise, la jeune femme embrasse l'ami de son amie. 
Micha et Mélodie

Pour ne rien arranger, Mélodie a des soucis professionnels : son patron, un avocat marron menacé de mort, lui annonce qu'i va devoir la licencier pour des raisons budgétaires, et elle doit défendre un homme accusé d'attouchements sexuels par la passagère d'une rame de métro. 
Micha et Charlotte

Mélodie et Charlotte manquent de justesse d'être surprises par Micha un après-midi. La jeune avocate réussit toutefois à s'éclipser sans qu'il la remarque... Jusqu'à ce qu'il la croise juste après dans la rue où il habite et qu'elle lui raconte être passée par là juste pour l'embrasser. Elle s'éloigne en adressant un signe de la main à la fois à son amant, au rez-de-chaussée, et à sa maîtresse, à l'étage.
Charlotte, Mélodie et Micha

Peu après, un cabinet juridique propose une place à Mélodie mais elle doit, si elle l'accepte, quitter Lille pour Paris. Au même moment, Félix déclare à Charlotte être prêt à l'épouser si cela peut relancer leur vie conjugale, mais, prise de court, elle ne sait quoi lui répondre. Le jeune homme donne alors rendez-vous à Mélodie, qui accepte de le rejoindre alors qu'elle avait promis sa soirée à Charlotte. 
Charlotte et Mélodie

Micha entraîne Mélodie à une fête donnée par un ami commun, William, là même où elle devait retrouver Charlotte. Profitant de la cohue dans l'appartement où tout le monde s'amuse, les deux filles se dérobent jusqu'à un bar voisin. Micha part à leur recherche et les retrouve lorsqu'un ivrogne insulte les deux femmes au sujet de leur homosexualité et casse la figure au jeune homme qui a voulu s'interposer. 
Micha, Charlotte et Mélodie

Mélodie rentre avec Micha et Charlotte, qui, connaissant ses difficultés de logement actuel, lui proposent de s'installer chez eux. Mais avant de répondre, elle est appelée au commissariat où son client a été conduit suite, cette fois, à une tentative de viol. De retour chez ses amis, épuisée, elle se donne à eux, faisant découvrir à Charlotte et à Micha qu'ils se la partagent depuis des semaines. Ils se rendent le lendemain à la cérémonie de mariage d'une connaissance et savourent leur bonheur sans se cacher. La nuit venue, ils prennent un bain de minuit et font l'amour sur la plage voisine. 
A l'aube, pourtant, sans les réveiller, Charlotte les quitte et part en stop, préférant les laisser profiter de leur amour comme elle l'a fait avec eux.

Souvent comparé à François Truffaut, Jérôme Bonnell confirme cette ressemblance avec son dernier long métrage qui peut facilement se lire comme sa version de Jules et Jim. Cinéaste avant tout sentimental, le jeune réalisateur s'essaie ici à la comédie romantique douce-amère.

Son héroïne, Mélodie, ne sait plus où donner de la tête entre Charlotte et Micha, le fiancé de cette dernière, qu'elle va aimer du même amour sans avoir rien prémédité. Ce vertige émotionnel se complique avec sa situation professionnelle, qui la voit débordée par des affaires à la fois absurdes et perturbantes et un patron flirtant avec les embrouilles. A priori, tout l'empêche donc de se consacrer à deux liaisons à la fois tout en assumant sérieusement son job...

Cet aspect est bien traité par Bonnell qui s'empare du motif bien connu du triangle amoureux en le réactualisant : il y aborde une sexualité décomplexée dans laquelle il ne s'agit plus d'un vaudeville classique où un garçon est pris entre deux filles mais d'une fille éprise d'une autre fille et de son compagnon. Ce marivaudage engendre son lot de chassés-croisés, de quiproquos, de désordres, parfois de manière burlesque (la scène où Mélodie en compagnie de Charlotte doit fuir en douce lorsque Micha débarque puis adresse un "au revoir" de la main à la fois à son amante et son amant est une petite merveille de mise en scène et de drôlerie).

Le film exploite merveilleusement la griserie propre aux derniers moments candides de la jeunesse et aux premiers de l'entrée dans l'âge adulte, où il faut faire des choix, assumer ses sentiments, et les responsabilités qui en découlent. Mais Bonnell parvient à jongler avec ces éléments - représentation de la sexualité comprise, exempte de toute vulgarité, pleine de naturel, sans jamais être nommée comme bi, hétéro ou homo - avec une fluidité exemplaire. Dommage cependant que son récit se conclut de façon un peu frustrante, après avoir osé une séduisante utopie amoureuse, comme s'il fallait obligatoirement qu'un des trois doive quitter le jeu (Charlotte en l'occurrence, celle qui reste la plus secrète, d'une mélancolie insondable).

L'interprétation est formidable, au diapason de la mise en scène, très sensible : Anaïs Demoustiery confirme un talent singulier, à la fois mutine, sensuelle et vibrante, aux côtés de l'attachant et lunaire Félix Moati. Sophie Verbeeck hérite du rôle le plus ingrat et, hélas ! ne lui donne pas beaucoup d'expressivité ni l'émotion nécessaire.

Un peu juste donc, mais tout de même charmant.