mardi 4 octobre 2016

LA DAME DU VENDREDI, de Howard Hawks (1940)


LA DAME DU VENDREDI (His Girl Friday) est un film réalisé par Howard Hawks.
Le scénario est écrit par Charles Lederer, d'après la pièce de théâtre The Front Page de Ben Hecht et Charles MacArthur. La photographie est signée Joseph Walker. La musique est composée par Sidney Cutter.

Dans les rôles principaux, on trouve : Rosalind Russell (Hildegarde "Hildy" Johnson), Cary Grant (Walter Burns), Ralph Bellamy (Bruce Baldwin), John Qualen (Earl Williams), Helen McCoy (Mollie Malloy), Alma Kruger (Mrs. Baldwin), Frank Orth (Duffy), Abover Biberman (Louie), Edwin Maxwell (Dr. Egelhoffer), Gene Lockhart (shérif Peter B. Hartwell).
Walter Burns et Hildy Johnson
(Cary Grant et Rosalind Russell)

Hildegarde "Hildy" Johnson annonce à Walter Burns, son rédacteur au "Morning Post" et futur ex-mari, son intention de démissionner le jour-même car elle va épouser Bruce Baldwin, un gentil assureur établi à Albany. 
Bruce Baldwin, Walter Burns et Hildy Johnson
(Ralph Bellamy, Cary Grant et Rosalind Russell)

Cette nouvelle contrarie Walter qui regrette (presque) davantage de perdre sa meilleure reporter que son épouse, et il va alors tout faire pour la retenir. D'abord il interroge, autour d'un verre, Bruce, qui s'avère être aussi honnête qu'ennuyeux. Hildy est toutefois prête à cohabiter avec sa belle-mère pendant un an pour être avec lui. 
Earl Williams et Hildy Johnson
(John Qualen et Rosalind Russell)

Pour retarder Bruce, Walter accepte de souscrire une assurance-vie d'un montant faramineux qui l'oblige à passer une visite médicale, et qui, en cas de malheur, reviendra à Hildy.
Pour éloigner Hildy et la persuader que sa vraie vocation n'est pas d'être une femme au foyer mais bien de rester journaliste, Walter l'envoie interviewer Earl Williams, condamné à mort pour un meurtre qu'il jure ne pas avoir commis, dénonçant une arrestation abusive. 
Bruce Baldwin

L'article qu'en tirera Hildy doit émouvoir l'opinion mais aussi le gouverneur pour qu'il gracie Williams, dont s'est épris Mollie Malloy, méprisée par la presse à cause de cela, contre le rapport psychiatrique à charge rédigé par l'expert, le Dr. Egelhoffer.
Pendant ce temps, le pauvre Bruce est victime des manoeuvres de Walter qui, avec la complicité du malhonnête Louie, est arrêté deux fois - la première en possession de fausse monnaie, la seconde en compagnie de Vangie, une prostituée. Placé en cellule au poste de police, il est libéré sous caution par Hildy puis par sa mère, scandalisée par les égarements de son fils.
Hildy Johnson, Earl Williams et Mollie Malloy
(Rosalind Russell, John Qualen et Helen McCoy)

La situation devient encore plus folle quand Williams, interrogé une dernière fois par le Dr. Egelhoffer, doit procéder à un reconstitution improvisée de son crime dans le bureau du piètre shérif Peter B. Hartwell... A qui il dérobe son pistolet et qui s'enfuit !
La police se lance à sa recherche dans toute la ville alors qu'il s'est réfugié dans la salle de presse de la prison où est restée seule Hildy et où surgit Molly Malloy.
Walter Burns, shérif Peter B. Hartwell, Mrs. Baldwin et Hildy Johnson
(Cary Grant, Gene Lockhart, Alma Kruger et Rosalind Russell)

Hildy prévient par téléphone Walter de ce scoop et il la rejoint pour cacher Williams dans le bureau d'un collègue journaliste. Mais le shérif, le maire et les autres reporters se rassemblent au même endroit et le condamné est de nouveau arrêté tout comme Hildy et Walter pour complicité et obstruction à la justice. Heureusement, un coursier surgit pour délivrer une lettre du gouverneur qui a accepté de gracier Williams. 
Walter, Bruce et Hildy

Walter appelle sa rédaction pour préparer la "une" comme quoi il a avec Hildy à la fois aidé les autorités à retrouver Williams et réussi à influencer le gouverneur pour le gracier. Hildy tape à la machine son article tandis que Bruce vient lui rappeler qu'il partira avec sa mère dans le train de 21 heures. 
 Hildy et Walter

Que choisira Hildy : rester avec Walter et poursuivre son métier qui est sa raison d'être ? Ou, comme prévu, tout plaquer pour mener une existence plus paisible à Albany ? 

Voilà un sommet de la screwball comedy, si ce n'est le chef d'oeuvre du genre ! Et 76 ans après sa sortie, le film est toujours aussi drôle et efficace !

Il paraît que Howard Hawks a été convaincu d'adapter sur grand écran la pièce écrite par Ben Hecht et Charles MacArthur après un dîner arrosé où il eût l'idée, décisive, de redistribuer le rôle principal, incarné sur scène par un homme, à une femme. Cette idée allait lui permettre d'exploiter non seulement le conflit intérieur de l'héroïne sur le point de quitter son poste de reporter pour se marier mais aussi d'animer la bataille qu'elle mènerait à la fois pour garder son futur époux tout en essayant de quitter son ex-conjoint et rédacteur en chef. Les rapports de classe entre hommes et femmes sont la base de ce cinéma, et le carton suivant le générique d'ouverture donne le ton en raillant tout sentimentalisme.

Pour garder le contrôle du projet, le cinéaste le produit pour le studio Columbia : il peut l'imposer car il est fort des succès consécutifs de L'Impossible M. Bébé (1938) et Seuls Les Anges ont des aîles (1939), dans lesquels il a déjà dirigé Cary Grant. Bien que Charles Lederer soit le seul scénariste crédité, Hecht a collaboré à l'adaptation - on reconnaît son style dans les dialogues cinglants (des critiques ont dénombré jusqu'à 240 mots/minute !) mais aussi les situations loufoques typiques de ce genre de comédie.

Pour camper le couple emblématique du film, Hawks convainc facilement Cary Grant de le suivre une nouvelle fois. Trouver sa partenaire sera plus difficile : le réalisateur convoite Ginger Rogers, puis Claudette Colbert et Carole Lombard, mais elles déclinent toute l'offre ! Le patron de la Columbia, Harry Cohn lui suggère alors Rosalind Russell, mais légitimement vexée d'être sollicitée aussi tardivement, elle rencontre Hawks sans cacher ses sentiments. C'est justement cette force de caractère qui séduit le cinéaste car elle correspond au personnage ! 

Elle ne décevra pas : dès la première scène, elle s'impose avec évidence en femme moderne, dynamique, laissant son futur époux à l'entrée de la salle de rédaction, traversant la pièce avec assurance au milieu de confrères tous masculins, et entrant sans frapper dans le bureau de son ex-époux et directeur du journal. Hawks n'a pas besoin de plus pour nous présenter son héroïne et en faire l'égale, sinon la supérieure, de tous ces mâles : une leçon de narration quand tant de comédies (romantiques ou non) sont aujourd'hui si besogneuses pour introduire leurs protagonistes.

Hildy Johnson s'impose naturellement, avec classe, intelligence et humour, face à Walter Burns, un filou particulièrement pugnace et retors  - on ne s'étonne donc pas que les féministes à l'époque saluèrent le personnage et Hawks comme un défenseur de leur cause ! Pourtant, le titre français ne rend pas justice à la version originale en lui ôtant tout sa subtilité référentielle : Hirs Girl Friday ne désigne pas une incompréhensible Dame du Vendredi mais adresse un clin d'oeil à Vendredi, le compagnon de Robinson Crusoë dans le roman de Daniel Defoe, qui, d'abord envisagé comme un sauvage inférieur, est aussi civilisé que le naufragé. 

Passé ce prologue, le film se déploie en une succession de joutes oratoires infernales : Hawks les filme non pas en découpant trop les scènes (même si le montage de certains plans est très rapide quand il s'agit de passer d'un journaliste à l'autre, pendu au téléphone en liaison avec leurs rédactions, depuis la salle de presse de la prison) mais en donnant comme indication à ses acteurs d'aller toujours plus vite - tout en veillant à bien articuler. Les dialogues fusent, au point de se chevaucher mais sans être confus, et on est sidéré par le débit de Cary Grant (irrésistible lorsqu'il roule des yeux et accompagne ses répliques de mimiques indignées) et Rosalind Russell (dont le naturel dans ce tumulte est époustouflant).

Hawks laissait volontiers ses acteurs improviser quand cela profitait à l'ensemble et c'est ainsi que Grant ajoute des plaisanteries : ainsi mentionne-t-il le suicide d'Archie Leach (son vrai nom) ou décrit Bruce comme ressemblant à Ralph Bellamy, qui incarne le personnage (avec l'air parfaitement ahuri du pauvre bougre dépassé par les événements) - ce gag est extraordinaire, mêlant la réalité à la fiction. Si George Clooney évoque, dans ses meilleurs opus, la vitalité raffinée de Grant, il n'a jamais trouvé une partenaire aussi performante que le fut Russell pour son modèle.

C'est tout cela - la vitesse, la précision, l'interprétation royale, la folie même - qui conserve à La Dame du Vendredi sa fraîcheur, sa drôlerie, sa séduction : en un mot, sa modernité. Tous ces éléments indémodables qui définissent un chef d'oeuvre.

1 commentaire:

  1. Salut Wildcard

    Si tu as 5min passe venir rendre hommage à BouZouk (bad news)

    Arrowsmith

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