lundi 5 décembre 2016

GRAVITY, d'Alfonso Cuaron (2013)


GRAVITY est un film réalisé par Alfonso Cuaron.
Le scénario est écrit par Rodrigo Garcia, Jonas et Alfonson Cuaron. La photographie est signée Emmanuel Lubezki. La musique est composée par Steven Price.

Dans les rôles principaux, on trouve : Sandra Bullock (Ryan Stone), George Clooney (Matt Kowalsky).
 Une vue imprenable...

Le docteur Ryan Stone, spécialiste en ingénierie médicale, et Matt Kowalsky, astronaute chevronné dont c'est la dernière mission, sont envoyés à bord de la navette Explorer, avec trois autres co-équipiers, pour la mission STS-157 de maintenance du télescope Hubble à 600 km au-dessus de la Terre.
Ryan Stone en difficulté
(Sandra Bullock

Ryan et Matt effectuent donc ce qui doit être une sortie de routine dans l'espace pour l'entretien du télescope lorsque la base de Houston leur adresse une alerte : un satellite a été détruit par un missile russe et les débris, à cause du Syndrome de Kessler, se dirigent vers eux à 30 000 km/h. Percutée de plein fouet, Ryan est propulsée dans le vide sidéral parce qu'elle a insisté, à tort, pour terminer la réparation qu'elle avait commencée sur Hubble. Un autre astronaute, Shariff, qui venait de sortir, est aussi en perdition.
 Matt Kowalski et Ryan Stone en route pour l'I.S.S.
(George Clooney et Sandra Bullock)

Matt réussit au bout de longues minutes à rattraper Ryan et la sangle à son scaphandre pour rejoindre la navette. Mais ils découvrent que celle-ci a subi des dommages irréparables et que les membres de l'équipage sont tous morts. Une seule solution s'impose : il faut atteindre l'I.S.S. (la Station Spatiale Internationale). Mais les réserves d'oxygène de Ryan sont au plus bas.
Retenus par un fil à l'I.S.S. ...

Durant le trajet, Matt cherche à rassurer Ryan qui se confie à lui : elle a perdu sa fille de sept ans dans un banal accident domestique mais s'en estime responsable, ce qui la hante depuis. Par ailleurs, elle n'a suivi que six mois d'entraînement, durant lequel elle a été médiocre, ce qui la fait douter de ses chances de survie.   
Matt Kowalski se sacrifie
(George Clooney)

Lorsqu'ils touchent enfin l'I.S.S., Matt et Ryan tentent de s'accrocher à ce qu'ils peuvent pour ne plus dériver. Ryan est retenue par les fils d'un parachute de la station mais ce lien est trop précaire pour que Matt se stabilise. Il détache la sangle entre lui et Ryan afin qu'elle puisse s'en sortir seule. Après ce sacrifice, Matt s'éloigne à la dérive dans l'espace. 
Ryan Stone est désormais seule
(Sandra Bullock)

Ryan pénètre dans l'I.S.S. et découvre qu'elle est sévèrement endommagée. Elle se réfugie dans un module russe et tente de reprendre contact avec Matt puis Houston : le premier lui prodigue d'ultimes conseils pour qu'elle rentre sur Terre, mais la liaison avec la base est difficile à cause de parasites. Une alarme se déclenche à bord de la station à cause d'un incendie. Ryan fuit à bord d'une capsule Soyouz qu'elle détache de l'I.S.S..
Rester ou rentrer...

Ryan doit gagner la station chinoise Tiangong mais elle s'aperçoit que sa capsule est à court de carburant. Pensant qu'elle va mourir, elle choisit de se suicider en coupant l'alimentation en oxygène. Mais soudain, Matt frappe au hublot du module et y entre pour indiquer à Ryan comment redescendre sur Terre en séparant les éléments du Soyouz. Ryan se ressaisit et comprend alors qu'elle a eu une hallucination. Remotivée, elle rejoint la station chinoise, sort de sa capsule pour entrer dans le vaisseau Shenzhou.
A bord de cet appareil, malgré les boutons de commande en chinois, elle commence une rentrée atmosphérique et entame une descente mouvementée. Le parachute se déploie et le vaisseau chute dans un lac. Ryan remonte à la surface et parvient sur la rive, éprouvée mais vivante...

Enorme succès public à sa sortie, Gravity est une entreprise à la fois ambitieuse et étonnamment minimaliste : le mexicain Alfonso Cuaron, qui a gagné ses galons de réalisateur "bankable" en mettant en scène un des films de la saga Harry Potter (le troisième volet, Le Prisonnier d'Azkaban, en 2004) et le récit d'anticipation Les Fils de l'homme (2006), a voulu inscrire son projet dans la ligne des grands classiques de la science-fiction tout en racontant une histoire intimiste.

La critique a été divisée par le résultat et c'est vrai que si Gravity comporte son lot de séquences très impressionnantes, séduit par sa concision, saisit par sa capacité d'immersion, il ne possède pas les qualités des chefs d'oeuvre qu'il cherche à égaler. C'est du grand spectacle très efficace, intense, mais qui ne dépasse en fin de compte pas les codes d'un survival traditionnel.

D'un point de vue scientifique, si les experts ont reconnu à Cuaron le soin avec lequel il était parvenu à traduire l'immensité sidérale et les sentiments extrêmes de ses héros dans des situations critiques, auxquelles le spectateur ne peut effectivement pas rester insensible, ces mêmes commentateurs avisés ont pointé, avec un amusement bienveillant, les invraisemblances du script, pourtant rédigé en s'inspirant des cinq missions spatiales de l'astronaute Scott Parazynsk (qui a effectué justement, comme dans le film, des maintenances sur le télescope Hubble).

Ainsi si Hubble est bien en orbite à 600 km d'altitude, il est donc 200 km plus bas que les autres satellites, ce qui rend quasi-impossible le risque qu'il soit percuté par des débris d'appareils situés à plus de 30 000 km de la surface de la Terre. Il existe cependant bien des objets à la dérive dans l'espace (des outils perdus ou des écailles de peinture, et les hublots des engins lancés sont couverts d'impacts à cause d'eux), mais rien qui puisse causer des dommages équivalents à ceux endurés par la mission STS-157 du film.

Lorsque Ryan Stone part en roulé-boulé dans l'espace après avoir été percutée par les débris, elle devrait aussi se rappeler que sa combinaison dispose d'un safer, un parachute avec des mini-réacteurs stabilisateurs. Mais le scénario ne s'encombre guère de réalisme au sujet de l'héroïne, envoyé en mission après seulement six mois d'entraînement (alors qu'en réalité il faut au moins deux ans de préparation et jusqu'à dix pour être désigné - comme le récent départ très médiatisé du spationaute Thomas Pesquet l'a enseigné au grand public). Et elle avoue à plusieurs reprises avoir été particulièrement médiocre lors des séances de simulation. Ne parlons même pas du fait qu'elle ne porte que ses sous-vêtements sous son scaphandre... La NASA envoie vraiment n'importe qui là-haut...

Gravity ne résiste pas à l'examen de ces "détails" techniques : dans l'espace on ne flotte pas comme le met en scène Cuaron mais on flotte sur place, donc l'utilisation d'un extincteur comme propulseur est théoriquement impossible. Tout comme vouloir rejoindre la station MIR depuis l'I.S.S. puis la station chinoise est totalement invraisemblable vu la différence orbitale (plusieurs centaines de km): "ce serait comme rallier Londres et les Caraïbes à la nage", a affirmé l'astronaute Michael S. Massimino.  

Ne soyons cependant pas injuste en accablant le film scientifiquement (tout n'est pas incorrect : quand Ryan est aveuglée par la buée sur sa visière, c'est une manifestation réaliste de la condensation provenant du circuit de refroidissement de sa combinaison). Cinématographiquement, au moins pendant la première heure, Cuaron fait physiquement ressentir avec une puissance redoutable la panique de son héroïne et Sandra Bullock l'interprète avec beaucoup de sobriété. Avoir ajouté un trauma à son personnage (la perte de sa fille) pour justifier ses tentations suicidaires ensuite était superflu. George Clooney apporte une touche de dérision et de fatalisme mêlées bienvenue, avant de laisser sa partenaire seule, livrée à elle-même (en dehors de la scène d'hallucination maladroite).

Le casting a beaucoup évolué durant la préparation du projet puisque à l'origine c'était Robert Downey Jr. (finalement écarté parce qu'il aurait trop improvisé selon le cinéaste) et Angelina Jolie qui étaient prévus. Scarlett Johansson, Blake Lively, Natalie Portman ont ensuite été approchées pour incarner Ryan Stone. Bullock a du supporter un tournage très spécial, quasiment enfermée dans une coquille autour de laquelle était pilotée des caméras : elle et Clooney ont en effet incrustés dans les plans ensuite puisque les prises de vue ont entièrement été réalisées en images de synthèse. Mais les "coutures" sont invisibles : visuellement, vraiment, Gravity est une expérience exceptionnelle.

Récompensé par sept Oscar (meilleurs réalisateur, photo, montage, montage et mixage son, effets visuels, musique), le film ne rivalise pas avec la fascinante énigme de 2001 : L'Odyssée de l'espace (Stanley Kubrick, 1968) ou le mysticisme épurée de Solaris (Andréï Tarkovski, 1972), mais c'est un divertissement aussi mouvementé que mémorable si on le considère à sa juste valeur. 

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