dimanche 19 février 2017

LOLO, de Julie Delpy (2015)


LOLO est un film réalisé par Julie Delpy.
Le scénario est écrit par Julie Delpy et Eugénie Grandval. La photographie est signée Thierry Arbogast. La musique est composée par Mathieu Lamboley.


Dans les rôles principaux, on trouve : Vincent Lacoste (Eloi dit "Lolo"), Julie Delpy (Violette), Dany Boon (Jean-René Brave), Karin Viard (Ariane), Antoine Louguine (Lulu), George Corraface (Sakis).
Violette et Ariane
(Julie Delpy et Karin Viard)

Au cours d'une thalassothérapie à Biarritz avec Ariane, sa meilleure amie, Violette rencontre Jean-René, originaire du coin, avec lequel elle sympathise rapidement. Bien qu'évoluant dans des milieux différents (elle dans la mode, lui dans l'informatique), ils sont tous deux divorcés et souhaitent refaire leur vie en couple. Ils conviennent de se revoir à Paris où il va s'installer pour finaliser un contrat important.
Jean-René et Violette
(Dany Boon et Julie Delpy)

Mais une surprise attend le gentil Jean-René quand il rentre après un dîner en amoureux avec Violette : il fait la connaissance d'Eloi dit "Lolo", le fils de cette dernière, âgé de 19 ans, qui entretient une relation exclusive avec sa mère. Bien qu'il feint tout d'abord d'être heureux de la situation, il décide d'empêcher le couple de se former. Première étape pour accomplir son plan : piéger "JR" en mélangeant des tranquillisants à son cocktail lors d'une soirée caritative, organisée par Violette et où est convié tout le gratin de la mode.
Lolo
(Vincent Lacoste)

Victime d'effets secondaires, le comportement de Jean-René plonge Violette dans un profond embarras et s'en ouvre à son fils le lendemain matin sans se douter que son amant entend tout. Vexé, il claque la porte mais se blesse en partant. Violette et Jean-René se rabibochent à l'hôpital où elle le conduit avant de l'inviter à s'installer chez elle.
Lolo, Jean-René et Violette

Plus déterminé que jamais à se débarrasser de "JR", Lolo profite de son déménagement pour qu'un de ses amis geeks, Lulu, pirate l'ordinateur de l'amant de sa mère. Puis, la nuit venue, il fait rentrer dans le lit de sa victime deux jolies filles pour que, le lendemain matin, Violette croit qu'il a couché avec elles. 
Lolo et Jean-René

C'est évidemment exactement ce qui se produit et Violette met Jean-René à la porte. En retard pour présenter le logiciel de surveillance informatique qu'il a conçu pour le Crédit Rural, "JR" subit un terrible revers professionnel en découvrant que son ordinateur a été infesté par un virus - qui se répand dans tous les appareils de l'entreprise.
Jean René, Violette et Lolo

Fou furieux en devinant que seul Lolo a pu ainsi le compromettre pour l'écarter de Violette, Jean-René revient chez elle et, profitant que son fils est sous la douche, il fouille dans ses affaires où il découvre son journal intime : toutes ses actions contre lui y sont notées. Une bagarre éclate entre eux et la police doit intervenir pour les séparer quand Violette les surprend. Jean-René est arrêté pour violence et cyber-terrorisme (charge dont il réussira néanmoins à s'innocenter en débarrassant du serveur central du Crédit Rural le virus qu'il y a involontairement glissé).
Violette et Jean-René

Deux mois après, Lolo expose ses peintures et sculptures dans une galerie lorsque la fille d'Ariane, qui est sortie autrefois avec lui, explique à Violette comment il s'est à chaque fois employé à éloigner les hommes qu'elle rencontrait. Affligée, Violette annonce ensuite à son fils qu'elle part pour Londres rejoindre Jean-René qu'elle a réussi à joindre et qui lui a pardonnée. Mais, une fois en Angleterre, elle fait la connaissance de Sabine, la fille de "JR", visiblement aussi menaçante que Lolo...

Actrice sous-employée en France, Julie Delpy a très tôt pris la clé des champs pour s'exiler aux Etats-Unis où elle a mené une carrière originale dans le cinéma indépendant puis se lancer parallèlement dans la réalisation, ce qui lui a permis de revenir s'illustrer dans l'hexagone.

Après six films derrière et devant la caméra, elle livre avec Lolo son effort en apparence le plus conventionnel. Sauf qu'à bien y regarder, le résultat est tout sauf convenu. Elle y affirme certes toutes les qualités de ses précédentes comédies (un humour farfelu, des situations délirantes, des dialogues épicés, un vrai sens du rythme et de la direction d'acteurs) mais en portant un regard acide sur son sujet.

Ainsi, Julie Delpy bouscule avec une énergie vacharde les codes humoristiques volontiers boulevardiers de son histoire - la relation quasi-incestueuse entre une mère et son fils perturbée par l'arrivée d'un homme - en y injectant une angoisse diffuse, de plus en plus profonde et vicieuse, via le personnage-titre de Lolo. Celui-ci s'affirme comme un néo-Norman Bates (Psychose, Alfred Hitchcock, 1960), véritable monstre domestique, qui fait peur et mal. La réalisatrice dresse un rapprochement encore plus net avec les enfants du Village des Damnés de Wolf Rilla (1960) quand Violette et Jean-René regardent ensemble ce film au lit un soir.

Dans ce rôle, Vincent Lacoste est tout simplement prodigieux, tout à tour enfant de riche pourri-gâté, manipulateur pervers, pseudo-artiste suffisant, étudiant flemmard, grand dadais faussement benêt : les crasses qu'il inflige à ce pauvre "JR" sont à la fois abominables et hilarantes. Ce dernier est interprété génialement par Dany Boon, qui n'a jamais été aussi bien dirigé et filmé en naïf pas si idiot que ça, livrant une composition subtile qui permet de nuancer le préjugé lié aux énormes cartons de ses propres films (productions beaucoup plus sages qu'il est de bon ton de juger avec condescendance, car le succès est toujours suspect à ce niveau en France).

Leur affrontement, auquel assiste Delpy, à la fois aveuglément acquise à la cause de ce fils chéri et pathétiquement amoureuse du seul homme qui l'apprécie sans la juger, est féroce, cruel, mais jouissif et très drôle. Si drôle qu'on pardonne à l'actrice-réalisatrice quelques faiblesses/facilités (comme le rôle de la copine au verbe cru mais dispensable jouée par la médiocre Karin Viard, ou l'opposition un peu sommaire entre le gentils provinciaux et les snobs parisiens).

Porté par une écriture incisive et un refus de la guimauve (comme en témoigne le dénouement retors), Lolo ressemble totalement à son auteur dans sa volonté d'éviter tout sentimentalisme et s'assumer une audace qui tranche avec les comédies traditionnellement fondées sur des considérations sociales ou sentimentales.  

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